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Ecrit et envoyé du Burkina Faso par notre ami Gabriel


Les conditions de restauration des étudiants des universités de Ouagadougou et Ouaga II


Dans un article précédent, nous décriions les difficiles conditions dans lesquelles les étudiants se restauraient. C’était un focus sur le restaurant Bengué. Juste après ce reportage, de nouvelles mesures sont venues compliquer davantage ce qui était déjà intenable. Alors que les restaurants étaient ouverts de 10h à 14h 30 pour le déjeuner et de 18h à 21h 30 pour le dîner, désormais l’étudiant devra déjeuner entre 10h et 13h et dîner entre 17h et 19h 30mn, quand on sait que les cours finissent à 13h et 21h. Conséquence, de longs rangs de près de 400m sous un soleil cuisant pour avoir sa pitance quotidienne. "Étudiant burkinabè yaako !" Sur interpellation de plusieurs étudiants à venir vivre leurs réalités dans les restaurants, nous y sommes allés. Le constat force pitié et compassion.

Ce mardi 14 avril nous arrivons sur le site du SIAO (salon international de l’artisanat de Ouagadougou) qui abrite les étudiants de l’université Ouaga II. Il est 11h 45. Pour raison de grève des enseignants, le site est presque vide d’étudiants. Néanmoins nous croisons quelques uns qui en ressortent avec des sachets noirs en mains. Le suivi de leurs traces nous mène vers le côté nord- ouest du site du siao. Là nous voyons certains étudiants, débout, les plats posés sur les bras des stands qui font office de maquis ou de restaurants lors des éditions du siao. Ils mangent. D’autres, sous un hangar d’à peine cent (100) places assises grouillent avec leurs plats de riz gras ou coquillettes. Bienvenue au restaurant universitaire du siao ! Notre premier interlocuteur est étudiant en première année de banque à l’institut des arts et métiers, IBAM. Riverain du site du siao, il y va régulièrement pour manger. Avec lui nous cherchons à comprendre les conditions dans lesquelles lui et ses camarades étudiants se restaurent. Pour lui, les conditions sont déplorables. De longs rangs, une qualité des repas qui laissent souvent à désirer. Il se souvient surtout du jour où il a passé deux heures trente minutes dans le rang avant d’avoir à manger. Après lui, sous le hangar et devant un plat de coquillettes nous trouvons POODA Fabrice, étudiant en deuxième année de droit. « Ici au RU siao les difficultés que nous rencontrons sont relatives au nombre d’étudiants. Facilement tu peux passer une heure de temps dans le rang pour pouvoir manger. En plus le menu c’est chaque fois la même chose qu’on nous sert. Les places assises sont insuffisantes, ce qui fait que les gens sont obligés de manger débout. » Le troisième (3è) témoignage recueilli sur place est celui de DA Nan Nicolas, inscrit en première année de sciences économiques et gestion. Sachet noir en main contenant son repas de midi, sac au dos, il nous raconte avec émotion le calvaire qu’il vit au quotidien pour pouvoir se restaurer. « Le RU siao c’est comme dans les autres RU mais c’est qu’ici avec le nombre élevé d’étudiants en droit et en SEG, le rang est particulièrement long. Quand les premières années de droit et SEG sortent en même temps à 13h, le rang est très long, souvent tu es découragé tu rentres chez toi sans avoir mangé. Si tu prends le rang tu vas rester là-bas et ce n’est pas comme dans les autres coins où le rang avance. Ici tu peux t’arrêter sur place pendant 30mn  minimum sans avoir fait un pas en avant, c’est vraiment très difficile. Souvent le menu est limité c’est riz gras, coquillettes et tô sauce bulvaka. Il ya aussi le problème d’intégration. Tu t’arrêtes les gens viennent intégrer devant toi. Ils disent que nous sommes au pays des hommes intègres et donc on ne peut pas ne pas parler d’intégration. Cela fait que le rang n’avance pas et il faut compter sur le Bon Dieu pour que ton voisin de devant ne prenne pas le dernier plat après un long rang que tu as fait. Comment bien étudier dans ces conditions ?»

Cap sur le restaurant Bengué dans la soirée. 18h. nous parcourons à moto sur près de quatre cents (400m) mètres le rang des étudiants venus dîner. Là nous tombons sur une bagarre entre étudiants et occupants de la cour n°370. Une femme qui s’appellerait Mamou, armée d’un marteau voulait en découdre avec les étudiants. Selon les témoignages, elle serait venue en trombe avec sa moto et aurait failli ramasser des étudiants dans le rang. Les étudiants protestent. Elle rentre dans sa cour et ressort avec un marteau pour taper les étudiants. Ces derniers affirment qu’elle n’en est pas à sa première tentative d’en découdre avec ces étudiants qui s’alignent chaque jour devant sa porte. Malgré nous, nous avons goûté aux insanités de cette "Mamou Marteau" pour l’avoir prise en photo. Nous avons dû notre sécurité et celle de notre appareil photo à la protection des étudiants. Et c’est ainsi chaque jour. Exposés aux rayons ardents d’un soleil sahélien, aux risques d’accidents des usagers de la rue Kamandini Sylvestre Ouali, entre courage et espoir d’un lendemain meilleur, les étudiants se battent pour manger et étudier.

La photographie de ces deux restaurants universitaires est partout la même à Ouagadougou. A la cité Chinoise, là- bas c’est le gabarit qui mange. Une sorte de loi de la jungle. Ne mangent que ceux qui ont les muscles bien formés. Les étudiants interpellent le directeur général du CENOU à avoir égard à leurs conditions de traitement dans les restaurants universitaires. Augmenter le nombre de restaurants, effectuer des contrôles rigoureux des repas servis aux étudiants, revenir aux anciennes heures de restauration, rendre disponibles les contre- marques, voilà en substance ce que demandent les étudiants au premier responsable des affaires sociales dans nos campus.

Dans tous les restaurants universitaires de Ouagadougou, ce sont dix- sept mille cinq cents (17500) plats qui sont servis chaque jour pour cinquante- deux mille (52 000) étudiants. Pour le directeur général du centre national des œuvres universitaires (CENOU) le professeur Mamoudou H. Dicko, ce grand écart entre l’offre et la demande s’explique par le fait que malgré l’augmentation chaque année du nombre d’étudiants, le budget alloué à son département est constant. La subvention annuelle de l’Etat au titre de la restauration des étudiants est de trois milliards cinq millions (3 005 000 000f cfa) de francs cfa et les dépenses s’évaluent à plus de quatre milliards (4 000 000 000f cfa) de francs cfa. Il ne voit donc pas de solution dans l’immédiat susceptible de soulager les étudiants.

 

 

Koundjoro Gabriel KAMBOU

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ecrit et envoyé du Burkina Faso par notre ami Gabriel


Education et enseignement supérieur au Burkina Faso

 

La priorité de nos politiques n’est pas dans ces secteurs

 

Depuis le 8 avril 2009 les enseignants des universités et écoles supérieures du Burkina observent un mot d’ordre de grève indéterminée. Raison fondamentale, augmentation de salaire. L’enseignant burkinabè est le moins bien payé de la sous- région. L’on est unanime à reconnaître que ces gars méritent mieux. Mais le problème c’est que la priorité de nos gouvernants n’est pas dans l’enseignement supérieur. Ni le manque de richesse du Burkina, ni la crise économique actuelle n’expliquent le refus du gouvernement de revoir la note salariale des enseignants à la hausse et de traiter diligemment et de façon durable les problèmes qui minent l’enseignement supérieur burkinabè.

L’institution universitaire burkinabè est dans l’impasse. Depuis le 17 juin 2008 l’université de Ouagadougou peine à se relever de son malaise. Le malaise de l’université n’est en réalité que le reflet d’un profond malaise de la société burkinabè tout entière. Après analyse du traitement réservé aux étudiants et à leurs enseignants, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que l’enseignement supérieur n’est pas encore une priorité pour le gouvernement burkinabè. Les universités et leurs occupants sont laissés à eux- mêmes. C’est la lutte pour la survie. C’est donc logique que les crises incessantes investissent nos campus. Le manque de volonté de résoudre définitivement ces crises est perceptible. Quand il s’agit de questions de l’université l’on fait ressortir la phrase sacrée «  Le Burkina Faso est un pays pauvre et sans ressources, il ne faut donc pas demander l’impossible à l’Etat. »

Pourtant, notre pays est champion dans l’organisation de grandes rencontres internationales où des milliards de francs y sont dépensés. C’est le président du Faso lui- même qui l’affirme dans une lettre le 9 mai 2007 à  Alain Michel, président de la fondation Hommes de parole : « le Burkina Faso, carrefour des rencontres et des Sommets internationaux de haut niveau, qui dispose d’infrastructures modernes et d’une expertise reconnue, sera honoré d’accueillir et de promouvoir ce projet… ». Ce projet n’est autre que l’organisation du premier sommet mondial des étoiles pour la terre. Ce sommet prévu pour se tenir du 28 au 30 novembre 2009 va regrouper 25 stars mondiales venant des quatre coins de la planète. Là encore le budget de ce sommet se chiffre en termes de milliards, des milliards qui suffiraient à booster le développement de nos universités. Depuis la reprise de la grève indéterminée le 08 avril par le SYNADEC, l’on s’attend à chaque conseil de ministres que le gouvernement prenne des mesures à même de sortir de la crise. Mais jamais. En tout cas jusqu’au conseil des ministres du 29 avril 2009. La crise universitaire n’est pas une priorité.

Cette façon de faire donne raison à ceux qui pensent que les problèmes du pays ne sont pas une priorité pour le président Blaise Compaoré, occupé qu’il est à soigner son image à l’échelle internationale. C’est l’image de cette jeune fille si belle dehors, aux parures imposantes mais dont l’intérieur de sa chambre dégage les odeurs de pourriture. Mais la maxime biblique ne dit- elle pas, « ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère. » Nous voulons la paix pour les autres mais nous ne saurons monnayer la nôtre.

L’on est unanime à reconnaître qu’aucun développement durable et viable n’est possible sans l’enseignement supérieur. L’éducation et l'enseignement supérieur revêtent une importance primordiale pour tout gouvernement soucieux d’un avenir radieux pour son peuple. C’est à juste titre que l’UNESCO incombe à l’enseignement supérieur, la tâche essentielle de contribuer à définir la manière dont les générations futures apprennent à faire face aux complexités du développement durable. Pour cette organisation, « les universités et autres établissements d’enseignement supérieur ont la mission d’éduquer des diplômés hautement qualifiés et des citoyens responsables capables de s’intégrer dans tous les secteurs de l’activité humaine ; d’offrir un espace ouvert pour la formation supérieur et l’apprentissage tout au long de la vie ; de promouvoir, de créer et de diffuser les connaissances par la recherche et de fournir, dans le cadre de leur mission de service à la communauté, l’expertise appropriée pour aider les sociétés à assurer le développement culturel, social et économique ; d’aider à comprendre, interpréter, préserver, renforcer, promouvoir et diffuser les cultures nationales et régionales, internationales et historiques dans un contexte de pluralisme culturel et de diversité culturelle ; d’aider à préserver et à promouvoir les valeurs sociétales en assurant la formation des jeunes aux valeurs qui sont à la base d’une citoyenneté démocratique ; enfin, de contribuer au développement et à l’amélioration de l’éducation à tous les niveaux, notamment par la formation des enseignants. » Des pays comme l’Inde, la Corée du Sud, la Tunisie et le Maroc sont des exemples palpables. Il y a environ 40 ans, ces pays, pour accélérer leur processus de développement, ont misé sur l’enseignement supérieur en lui consacrant des investissements massifs. Conséquence de cette politique volontariste, depuis 2008 la Tunisie occupe la première place des pays émergents en Afrique et est devenue, grâce à une abondante main d’œuvre qualifiée et bien formée, très compétitive sur le plan mondial. Il en va de même pour l’Inde et la Corée du Sud dont les résultats économiques ces dernières années sont sans précédent. Comme l’a relevé le Pr Oumar Sock, « il y a quelques décennies, les ressources naturelles et le capital ont joué un rôle déterminant dans le développement des pays. Aujourd’hui, ce sont la matière grise, la capacité d’innovation et la volonté d’entreprendre qui constituent les principaux leviers de la croissance économique et du développement durable ».

Le développement du Burkina sera toujours relégué aux calendes grecques tant que nos autorités ne prendront pas des décisions volontaristes visant à accorder à l’éducation et à l’enseignement supérieur la place qui leur revient. En Côte d’Ivoire et au Sénégal quand Gbagbo et Wade sont arrivés au pouvoir, eux qui sont des universitaires et qui reconnaissent l’importance de l’enseignement supérieur pour le développement de leurs pays, ils ont pris des décisions qui revalorisent le secteur de l’enseignement. Peut- être y arriverons- nous un jour. Nous invoquons le lever de ce soleil.

 

Koundjoro Gabriel KAMBOU

 

 

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Ecrit et envoyé du Burkina Faso par notre ami Gabriel


INTERVIEW DE SAMS’ K LE JAH

Déplacer les problèmes de l’université amplifie les ondes d’explosion

 

« Je suis un peintre qui fait sa peinture avec ses mots, son micro, sa musique. » En dépit des menaces de mort et même l’incendie de son véhicule, rien n’ébranle son engagement. « Je vis tranquille mon militantisme. » Pour un Burkina meilleur, par ses paroles et ses actes, il se bat. Féru de l’idéal du Capitaine Thomas SANKARA, il est aujourd’hui une icône, une référence pour la jeunesse burkinabè. Lui c’est SAMA Karim plus connu sous le nom de Sams’K Le Jah, l’animateur emblématique de la radio Ouaga Fm. Après des études en anglais à l’université de Ouagadougou, c’est avec juste raison qu’il se sent très proche des étudiants, comprend leurs problèmes et leur vient en aide. Très adulé par les mélomanes du Burkina, d’Afrique et d’ailleurs, Sam’s K le Jah connaît un succès remarquable. Sa seule déception, les femmes. « Je n’ai pas eu trop de chance avec les femmes. » Vous voulez en savoir davantage sur le Jah ? Suivez ma plume.

Koundjoro Gabriel KAMBOU : Le Jah, comment vous définissez- vous aujourd’hui, un animateur ou un musicien ?

Sam’s K le Jah : Un peintre qui fait sa peinture avec ses mots, avec son micro, avec sa musique voilà c’est tout.

Qu’est-ce qui explique votre engagement ?

C’est une expression que je n’aime pas trop, le mot engagement. On est chacun engagé, on a une conviction et on essaie de défendre cette conviction c’est tout. Moi je veux me sentir utile et par le peu d’expérience que j’ai, vouloir partager aussi cette expérience avec d’autres personnes. C’est ce qui explique mon militantisme en faveur d’un certain nombre de causes.

Comment vous vivez votre militantisme ?

Mais tranquille. Le militantisme ça suppose être toujours en mouvement, être toujours à l’écoute, être toujours là en observateur. Je vis tranquille ma façon de voir les choses.

A l’issue de plusieurs menaces de mort et l’incendie de votre véhicule on vous aurait proposé de quitter le pays, pourquoi avez- vous refusé de quitter le pays ?

On m’aurait proposé, qui vous a dit qu’on m’a proposé de quitter le pays ? Il y a une chose qui est déplorable dans ce pays les gens racontent du n’importe quoi. Ils ne viennent jamais à la source pour prendre la bonne information, chacun raconte ce qu’il veut. J’apprends même qu’on m’a donné une voiture, on m’a fait ci, on m’a fait ça, jusqu’à ce que je parte en France et apprendre d’autres choses là-bas à mon sujet. Bon c’est dommage mais quand une opinion publique doit se baser sur des fausses rumeurs ce n’est pas la peine. On ne m’a pas proposé de quitter le pays. C’est vrai qu’il y a eu la pression qui a été faite et dans les menaces de mort que j’ai reçues c’était que si je pars du pays que je ne revienne plus ; mais je suis là. Pour moi le combat c’est ici. Chaque fois que j’ai eu l’occasion de quitter le pays c’est vrai que plein de gars m’ont dit c’est mieux que tu restes parce que si tu repars c’est ci c’est ça mais je pense que mon combat c’est ici. Je ne peux pas changer grand- chose aux Etats- Unis, en Suisse, en France ou en Italie, mais je pense qu’ici avec les petites idées qu’on a si on les met ensemble, si on s’organise on peut arriver à construire une société dans laquelle ce sera un peu vivable pour chacun et pour chacune. C’est tout ce qui me motive à rester ici.

En dehors des menaces de mort, avez- vous reçu des propositions de sommes d’argent ou autres avantages afin d’arracher votre silence ?

Parce que ça c’est possible ? (long silence) Je sais pas (rire).

Comment se porte votre carrière musicale ?

Musicalement ça va de mieux en mieux. C’est une carrière que j’ai commencé timidement mais qui aujourd’hui est en train de prendre ses marques, que ce soit à l’intérieur du Burkina comme à l’extérieur ; la preuve je suis arrivé à sortir pour une tournée récemment en Italie, en France. J’en ai profité pour faire un tour en Allemagne donc ça veut dire que Sams’K le Jah se fait petit à petit sa place sur le plan international. Pour moi le plus important c’est ça. Chaque fois qu’il y a eu concert quand je vois la réaction de ceux qui me découvrent pour la première fois, et après ce sont des séances photos, des autographes, pour moi ce sont déjà des éléments qui montrent qu’on n’est pas sur le mauvais chemin, il faut seulement qu’on travaille davantage parce que pour moi c’est seul le travail qui libère l’homme.

Quel est le rêve que vous caressez concernant votre carrière musicale ?

Tout artiste a pour ambition d’arriver à propager son message le plus loin possible et de pouvoir toucher le maximum de masse possible. Moi mon rêve c’est ça. Que mon message puisse passer partout dans le monde et que je puisse rencontrer des gens qui partagent certaines vibrations dans l’objectif de poser les bases, c’est- à- dire des éléments, les briques pour un monde meilleur, parce que nous avons la conviction qu’un autre monde est possible, et pour y arriver il faut qu’on s’organise, il faut qu’on se mette ensemble et il faut qu’on partage les idées et à travers elles poser des actions concrètes en faveur des êtres humains partout sur la planète. Aujourd’hui on est tous face à la même déception, à la même frustration, aux mêmes exploiteurs donc il faut qu’on s’organise pour recadrer un certain nombre de choses. Tout être humain peut se tromper, maintenant il faut que celui qui se trompe admette qu’il s’est trompé et puisse aussi écouter les autres c’est ça le plus important.

Au paroxysme de la crise universitaire vous avez sorti un single pour dénoncer la répression des étudiants et reverser une part des bénéfices de vente aux étudiants, pourquoi vous sentez- vous si proches des étudiants ?

Parce que j’ai été étudiant, je connais les conditions estudiantines. C’est vrai que quand je passais à l’université c’est en ce moment les galères commençaient, j’ai eu la chance d’être parmi ceux qui avaient la bourse. J’ai plein d’amis étudiants avec qui je partageais ma bourse et même mes tickets de restaurant parce que c’était pas facile pour eux. Quand je vois que la situation n’a fait que se dégrader je me dis qu’il faut faire quelque chose pour ces frères et ces sœurs au campus. A côté de ça je recrute beaucoup de frères et de sœurs, beaucoup de « bara- môgô » au campus qui écoutent mes émissions, ma musique, qui viennent à mes concerts, qui achètent mes cassettes, je souhaite qu’ils soient dans des conditions meilleures pour avoir un peu d’argent et chaque fois qu’on a un concert qu’ils puissent payer et venir. Mais quand on voit aujourd’hui qu’ils ne peuvent même pas s’acheter des tickets de restaurants c’est la galère c’est pas du tout facile. Etant citoyen de ce pays on pense tous à l’avenir de ce pays. Un pays normal construit son avenir sur l’éducation, la santé, en gros sur le potentiel humain, mais ici c’est frustrant de voir un certain nombre de choses. Pendant qu’on parle de crise mondiale on permet aux dirigeants de vivre dans un luxe insultant, on organise des dépenses. Prendre des milliards pour fêter l’indépendance ça n’a aucun sens pour moi parce qu’il y a des combats plus urgents que ça. Dans la réalité on n’est même pas indépendant. Sur le plan monétaire on n’est pas indépendant, sur le plan politique une indépendance à relativiser. Le problème de l’université me concerne parce que je suis d’abord un citoyen de ce pays, j’ai été étudiant et ce sont mes frères et sœurs qui se retrouvent à l’université, qui traversent ces difficultés. Ce n’est pas parce que je ne suis plus à l’université que je dois oublier ce qui se passe là- bas. De temps en temps j’y passe, je cause avec des amis, des frères, c’est compliqué comme situation il faut que quelque chose se fasse. Tant que la situation à l’université ne va pas se régler notre pays n’aura jamais de tranquillité parce que de toute l’histoire, toutes les grandes révolutions sont parties des universités. Il faut donner à l’étudiant la possibilité de vivre sa vie d’étudiant. Il faut cesser de toujours déplacer les problèmes des étudiants parce que quand ils posent leurs problèmes on parle de récupération politicienne. Il faut régler les problèmes des gens et s’ils font autre chose là on pourra parler de récupération. Mais là les gars n’ont pas à manger, pour loger c’est compliqué, les cours à l’université ça se prend dans quelles conditions ? C’est tout ça qu’il faut voir. C’est ce qu’on a essayé d’apporter Smockey et moi, on espère que ça’ a servi à quelque chose. Mais on s’arrête pas là, tant qu’il y a une action à entreprendre en faveur des étudiants pour leur dire la vie c’est un combat permanent, on va pas hésiter. Tant qu’ils ne vont pas comprendre qu’ils doivent se mobiliser, arrêter les fausses distractions, les fausses manœuvres et se concentrer sur leurs problèmes réels, poser ces problèmes avec une lucidité pour que les gouvernants arrivent à trouver les réponses à ces problèmes, tant que ça sera pas comme ça, que ce soit dans un camp ou dans l’autre, ce sera toujours le jeu de chat et la souris et on ne va jamais résoudre les problèmes on ne fera que les déplacer ; or déplacer un problème c’est augmenter l’ampleur quand ça va exploser.

Selon vous quelle est la solution à la crise que traversent nos institutions universitaires ?

La solution c’est de poser les problèmes, les étudier et trouver des solutions. Que chacun prenne le temps d’écouter l’autre. Ce qui s’est passé le 17 juin dernier c’est déplorable (17 juin 2008, répression féroce des étudiants par les gendarmes NDLR). Quand des gendarmes sont obligés de tirer sur des étudiants, quand des étudiants sont obligés de foncer sur des gendarmes et après c’est des blessés par ci, c’est la désolation. Je dis, on ne construit pas un pays dans ce type de terreur. On dit qu’une nation divisée contre elle- même ne peut que chuter. Je pense que le plus important ici c’est que chacun, que ce soit du côté des grands frères au pouvoir, que ce soit les petits frères qui sont à l’université il faut que chacun comprenne que pour construire on n’a pas besoin de guerre. On pose les problèmes et on essaie de trouver les solutions qu’il faut. Tout le monde connaît les problèmes de l’université. Le gouvernement dit qu’il n’y a pas assez de moyens pour s’occuper du problème de l’université ; mais il faut déjà partir à la base, toutes ces galères ont commencé avec la signature des programmes d’ajustement structurel par nos Etats. Les études supérieures ont été sacrifiées. Les conséquences sont là aujourd’hui. La logique voudrait qu’on pose tous ces éléments et qu’on fasse une autopsie. Sinon je dis à force de déplacer les problèmes on amplifie les ondes de l’explosion. Avant c’était les étudiants, maintenant ce sont les professeurs d’université qui décrètent une grève illimitée, ça veut dire que ça ne va vraiment pas. Quand c’est les étudiants on crie à la manipulation, maintenant que c’est les professeurs qu’est-ce qu’ils vont dire ? Il faut vraiment faire quelque chose sinon, aujourd’hui on n’a que la gueule pour parler et on nous qualifie de grande gueule mais c’est parce qu’on sait que tant que ça va s’accumuler ça va mal tourner et on ne souhaite pas que ça tourne mal pour ce pays, voilà pourquoi on parle. On passe le temps à parler et les gens pensent à la limite qu’on les emmerde pourtant non il fau arriver à déranger.

Quelle appréciation faites- vous de la vie socio politique du Burkina ?

Je dis tout baigne au pays de ceux pour qui ça doit baigner. Nous on est là on observe. A force de parler on a reçu des menaces de mort ; c’est vrai qu’on ne va pas arrêter de parler mais on fait comme tout le monde, on regarde dans l’espoir qu’il se produira un changement un jour, un déclic quelque part que les gens prennent conscience qu’il faut faire quelque chose sinon ça va être le déluge.

Pensez- vous à un lendemain meilleur pour le Burkina ?

Si je ne pense pas à un Burkina meilleur c’est que je vais me mettre une balle dans la tête. Si on lutte, si on se bat c’est parce qu’on pense que ce pays mérite mieux que ce qu’on nous propose aujourd’hui. Si les hommes, les femmes et les jeunes s’organisent et s’engagent réellement dans la politique et qu’ils arrivent à imposer une vraie démocratie dans ce pays, je pense qu’on arrivera à un monde meilleur. J’étais en Taïwan, il y a cinquante (50) ans Taïwan était plus pauvre que le Burkina mais aujourd’hui on ne voit pas la poussière de Taïwan. C’est parce qu’ils ont misé sur le potentiel humain, ils ont formé les jeunes, ils ont eu des projets bien précis et aujourd’hui Taïwan est un des pays sur cette planète avec un taux de chômage avoisinant les 0%, avec un système de santé bien organisé. Il y a eu des projets de société qui ont été proposés et des gens se sont fixés comme objectifs d’arriver au mieux- être pour les Taïwanais et ils y sont arrivés. La preuve, ils nous aident aujourd’hui. Mais nous on a déjà aidé qui ? C’est nous on est bombardé depuis des années par les aides. Le Burkina et Haïti sont les plus bombardés par l’aide internationale. Je dis c’est la honte. Si je prends le cas de mon pays, on fête 48 ans d’indépendance, et vous imaginez un père de famille à 48 ans qui compte sur ses voisins pour nourrir sa famille, c’est le cas du Burkina.

Selon le programme du chef de l’Etat, l’accent est mis sur la valorisation du capital humain, est-ce que vous sentez cette valorisation ?

Est-ce que je sens ? Je sais pas. De toute façon je sais que j’ai ma contribution à apporter à la construction. Chacun doit apporter sa contribution. Je ne suis pas celui- là qui est dans son coin à porter seulement des critiques, je pose aussi des actions. Si nos gouvernants ne peuvent pas faire quelque chose pour nous, il nous appartient à nous de faire quelque chose pour nous- mêmes. Il fait ses propositions, il fait ce qu’il a à faire mais moi je n’attendrai pas qu’on vienne me dire Sams’K le Jah il faut faire ci il faut faire ça, non. Je prends sur moi d’organiser des camps de reboisement, des séances de projection- débat avec des jeunes pour leur proposer d’autres façons de voir les choses, d’organiser des concerts, tout ça dans le but de sensibiliser les jeunes sur la possibilité d’arriver à un monde meilleur. Il faut juste qu’on s’organise et qu’on arrive à imposer notre vision de la démocratie c’est ça le plus important.

Qui est l’idole de Sams’K le Jah ?

L’idole de Sams’K le Jah c’est Dieu. C’est tout.

Quelle est votre situation matrimoniale ?

Parce que je suis à la mairie ou à la police ou quoi ?

On veut vous découvrir davantage

Je suis un homme, point.

Et comment vous concevez le mariage ?

Le mariage, chacun se fait sa conception du mariage. Le plus important c’est d’être à deux et se dire qu’on a quelque chose à construire. Parce qu’aujourd’hui quand on parle de mariage on voit toute suite un homme et une femme qui vont signer des papiers à la mairie et l’instant d’après chacun achète des gants et puis on monte un ring de boxe à la maison et tous les soirs on se boxe. Le mariage n’aura son importance que s’il y a une vision assez claire des choses entre l’homme et la femme. Que chacun sache le rôle qu’il a à jouer et la complémentarité qu’il a à apporter à l’autre. Mais quand on doit se marier juste pour faire plaisir à la société je pense que ce n’est pas la peine. On a dit que qui se ressemble s’assemble, et quand on se marie c’est pour regarder dans la même direction. La difficulté aujourd’hui c’est qu’on n’a pas trop de chance à ce niveau là, je parle des jeunes. Moi particulièrement j’ai pas eu trop de chance avec les femmes. Les femmes n’aiment pas les hommes engagés, les hommes trop militants parce qu’ils prennent trop de risques ; et quand tu es très connu un peu partout tu peux plus dire bonjour à une fille, une autre fille ne peux plus t’appeler parce que toute suite on te met la pression, c’est qui ? Il n’y a pas de confiance, or ma vie ne peut pas être une prison. Moi- même je refuse que ma vie soit une prison, alors je pense pas qu’une femme viendra faire de ma vie une prison. Pour moi le mariage est une chose très noble qu’il faut respecter et tant qu’on n’est pas sûr d’avoir compris le mariage, il ne faut pas s’y engager.

Un mot de fin

Je vous dis merci et merci à tous ceux qui ont des vibrations positives pour Sams’K le Jah, qui me soutiennent surtout à l’université. Je comprends la lutte des étudiants, je comprends leur situation mais ils doivent refuser cette situation, et pour refuser cette situation il faut qu’ils s’organisent et il faut qu’ils luttent de façon objective pour poser les vrais problèmes auxquels ils ont à faire face. Il y a plein d’intelligence à l’université, c’est le centre de réflexion. Il ya plein d’intelligences qui peuvent proposer des choses intelligentes. Il faut aussi apprendre à développer d’autres stratégies c’est- à- dire des plans B pour pouvoir sortir de la galère. Il faut développer des stratégies pour pouvoir contrer certaines réalités ou les contourner.

Interview réalisée par Koundjoro Gabriel KAMBOU

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8 Avril, la France tremble....

Séquestrations de PDG et de présidents, désobeissance civile, et rebellion... le point...

Sony, caterpillar, 3M, et aujourd'hui scapa :
http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Faits-divers/Nouvelle-sequestration-de-cadres-par-des-salaries-en-colere/(gid)/215352

Et dans les facs, Orléans, Strasbourg, Rennes, Crous de Paris:
http://www.liberation.fr/societe/0101560767-les-facs-debordees-par-leurs-etudiants

Apparement ca fait trés peur:
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/politique/20090407.FAP5195/sequestration_des_patrons_sarkozy_promet_de_faire_respe.html

La validation universelle aussi fait peur:
http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,4354740,00-second-semestre-valide-d-office-pecresse-dit-non-.html

La suite au prochain épisode....
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CONTRIBUTION DE VOCAL AU DEUXIÈME CONGRÈS DE L’APPO


Ci-dessous le document constituant notre contribution au Deuxième Congrès ordinaire de l'APPO (20 au 22 février 2009), c'est notre parole, que nous continuons d'arborer fidèlement et avec laquelle nous cherchons à rencontrer tous ceux et toutes celles qui cherchent à créer une nouvelle société.


Nous venons d'en bas, des rues de la ville rebelle, des barricades, des peuples autochtones, des migrants, des parias victimes d'être différents, de la base consciente, qui n'est pas une masse, des enseignants
démocratiques de la Section 22.

Nous venons du lieu le plus sombre et le plus triste de l'anonymat de cette société caduque, de ce que les gouvernements, les partis politiques, les leaders et dirigeants, les avant-gardes, de droite ou de gauche, appellent "le peuple" ; ceux d'en bas, autrement dit. Ce peuple que l'on ne voit pas, que l'en entend pas, mais que l'on trouve toujours moyen de compter, d'exploiter, d'expulser, de réprimer, d'étiqueter, d'exclure, de conduire et de guider comme des moutons vers un avenir heureux de pâturages éternels sous le soleil luisant, broutant les vertes prairies que les leaders, les dirigeants, les partis et les gouvernants, dans leur grande bonté, ont semées et arrosées pour nous, tandis qu'eux, bien entendu, se régalent de pommes délicieuses accompagnées d'une bonne côte d'agneau.

Nous venons de ce qui n'a toujours été qu'un simple pourcentage dans les campagnes électorales, un nombre de votes pour les partis politiques, de la chair à canon pour les gouvernements modernisateurs, des croix anonymes dans des cimetières oubliés de tous, des masses pour les dirigeants, mais jamais, jusqu'en 2006, des peuples.

Aujourd'hui, c'est ce que nous sommes. Nous affirmons joyeusement que nous sommes les peuples de l'Oaxaca car nous avons retrouvé la mémoire de nos origines indigènes, comme aussi la communalité comme mode de coexistence sociale harmonieuse, respectueuse et par la base entre les femmes et les hommes d'une même société, car nous avons aussi retrouvé l'autonomie comme mode de coexistence et de relation plus juste entre les peuples qui se partagent le territoire de l'Oaxaca.

Et ce, même en ville, où nous ne travaillons plus la terre pour nourrir nos familles mais trimons aux machines et dans les entreprises des patrons et du gouvernement et où les valeurs capitalistes telles que l'individualisme, l'égoïsme, le consumérisme, le culte du développement et du progrès ont imprégné nos esprits et nos cœurs d'indigènes urbains. Dans l'insurrection de 2006, dans les barricades, nous nous sommes joyeusement rendu compte que cette guerre coloniale de cinq cents ans nous avait arraché presque totalement nos racines indigènes, car au cours de ces longues nuits de lutte, d'assassinats commis impunément, d'escadrons de la mort, les valeurs que l'on croyait oubliées issues de nos origines indigènes se sont puissamment manifestées en chacun et chacune de nous.

La fraternité, la solidarité, le soutien mutuel, le tequio et la guelaguetza – le travail collectif et la fête – ont émergé de nos peuples originaires et se sont à nouveau installés parmi nous, indigènes urbains.
Aujourd'hui, avec la pluie vivifiante de la révolution sociale, nos racines indigènes se régénèrent en nous, en long et en large de notre État, dans les villes et dans les campagnes, dans les champs, dans les usines, dans les entreprises et dans les écoles de l'Oaxaca. Pour en finir avec cinq cents ans d'exploitation, d'oubli et de mort avec lesquels on a cherché à nous exterminer.

À partir de 2006, nous avons choisi de façon déterminante et définitive de prendre en main notre destin et nous ne le lâcherons plus, nous ne cèderons plus devant aucun mauvais gouvernement oppresseur et assassin comme celui d'Ulises Ruiz, ni devant le grand capital multinational ou mexicain qui livrent aujourd'hui une guerre de reconquête et de spoliation contre nos peuples originaires et attaquent les conquêtes que les peuples travailleurs du Mexique ont obtenu lors de la seconde révolution de 1910, pas plus que nous ne livrerons notre avenir aux bonnes intentions d'aucun homme politique, à quelque parti qu'il appartienne. Nous n'avons confiance qu'en ceux et celles qui sont d'en bas ; en ceux et celles qui ont dressé avec nous les barricades ; en ceux et celles qui marchaient au milieu ou en fin de cortège des manifestations ; en ceux et celles qui sont allés à la capitale de notre pays pour exiger justice et dignité pour l'Oaxaca ; en ceux et celles qui, dans les communautés, se sont levés avec nous dans la ville, comme ils l'ont fait encore et toujours depuis cinq cents ans ; en ceux et celles qui ont caché leur visages sous des capuches et des paliacates pour pouvoir avoir voix au chapitre ; en ceux et celles que l'on a jetés en prison pour avoir été conséquents avec ce qu'ils pensent ; en ceux et celles qui ont brisé le silence auquel on nous avait contraints durant cinq cents ans d'injustices et d'exploitation, dans les radios occupées en 2006.

Nous venons d'en bas et en bas nous sommes toujours, à cette différence près qu'auparavant on ne faisait que nous compter, nous mener, nous réprimer tout en nous appâtant avec des miettes, alors que maintenant nous venons apporter notre parole. En elle va notre colère, notre engagement et nos rêves.

Nous venons devant vous, frères et sœurs, expliquer avec notre parole pourquoi nous participons à ce deuxième congrès ordinaire de l'APPO. Nous venons la partager avec une grande joie et beaucoup d'espoir avec tous les hommes et toutes les femmes qui partagent notre colère face à l'impunité et au crime, qui partagent notre volonté indestructible de rester dignes devant le pouvoir et la corruption du gouvernement, avec tous ceux et toutes celles qui partagent l'idée de la nécessité d'un changement radical et en profondeur de notre société. Nous le faisons dans l'espoir de rencontrer de nombreuses et de nombreux autres qui partagent avec nous cette soif de justice, de liberté, de paix et de dignité.

Nous venons à la rencontre de tous ceux et de toutes celles qui veulent faire une révolution.

Nous ne venons pas rencontrer ceux et celles qui ont troqué les rêves libertaires pour des intérêts mesquins ; ceux et celles qui, avant, demandaient avec nos peuples justice et qui, aujourd'hui, disent négociation ; ceux et celles qui, avant, prononçaient des discours révolutionnaires enflammés les yeux tournés vers le ciel et qui, aujourd'hui, n'ont plus que le mot réalisme politique à la bouche, le regard torve et la tête basse ; ceux et celles qui, avant, prétendaient s'opposer à Ulises Ruiz et qui, aujourd'hui, négocient avec lui ; ceux et celles qui, avant, refusaient les partis politiques et qui, aujourd'hui, font tout pour figurer sur leurs listes de candidats à la députation au Parlement fédéral ; ceux et celles qui, avant, ont exigé la dissolution des pouvoirs dans l'Oaxaca et qui, aujourd'hui, font tout pour faire partie de ces mêmes pouvoirs. Ils nous écouteront, nous les écouterons, mais nous ne nous rencontrerons pas. Le chemin de la révolution et celui des élections marchent en sens contraire. L'un cherche à renverser totalement l'ordre et le régime établis, à changer la société, tandis que l'autre vise à maintenir ce même régime et cette société caduque, à maquiller avec un peu de peinture rouge, jaune ou orange le corps hideux
du pouvoir. La révolution est vie, la soumission c'est la mort.

Nous ne venons pas rencontrer les politiques qui travestissent leurs discours boiteux et conciliants avec des paroles de prétendue maturité politique et des mots extraits des dictionnaires les plus usés de la
politique traditionnelle, des mots comme réalisme, politique d'alliances, négociation ou tactiques adultes de lutte. Ces paladins de la défaite se sont eux-mêmes arraché de leurs entrailles le droit de rêver, mais, ce qui est pire, c'est qu'avec leur découragement et leur pragmatisme ils voudraient aussi arracher leurs rêves à de nombreux frères et sœurs qui les écoutent. Nous venons malgré eux, car nous savons que la plus grande partie de notre société, de nos peuples de l'Oaxaca, recherche un changement social véritable et profond, aux antipodes de toutes ces recettes éculées de la politique traditionnelle.

Nous venons ici aujourd'hui parce que nous croyons que l'APPO appartient aux peuples de l'Oaxaca, à ceux qui l'ont construite en 2006 pour que ce soit un lieu vers lequel confluent les luttes sincères qui veulent un véritable bouleversement social dans l'Oaxaca.

Nous venons avec l'envie de faire des propositions, avec la volonté de régénérer notre mouvement social, de le sortir de la prostration dans laquelle la répression du gouvernement et la trahison de dirigeants et d'organisations l'ont plongé. Nous venons dans le but que l'APPO s'imprègne et soit pleine de l'esprit révolutionnaire et émancipateur qui, en bas et à gauche, existe avec ferveur chez nos peuples alors que jusqu'ici on ne l'a vu se manifester nulle part en haut. Nous voulons que l'APPO soit à ceux d'en bas. Si nous y parvenons, on peut être sûr que l'APPO sera révolutionnaire et radicale.

Nous ne venons ni chercher querelle ni nous battre avec personne, mais défendre le droit de nos peuples à rêver à une nouvelle société de justice, de paix, de liberté et de dignité, en opposition aux discours soporifiques des réformistes.

Nous venons parler des fins. Nous, nous pensons que les buts recherchés par l'APPO devraient être ceux recherchés par tous les peuples de l'Oaxaca, qui, avec leurs différents calendriers, modes d'être et rythmes, se rejoignent néanmoins dans la nécessité impérieuse d'abattre ce régime de gouvernement et le système capitaliste, et dans la volonté de  construire une nouvelle société, un nouvel ordre social où règne l'autonomie des communes, des villes, des usines et des entreprises.

Nous venons pour discuter des moyens d'y parvenir. Nous, nous pensons que ces moyens doivent être tout aussi honnêtes et justes que les buts recherchés. Il ne peut en effet y avoir de buts nobles obtenus par des mauvais moyens. Long et harassant est le chemin de la liberté, mais il n'y a pas de raccourcis pour l'obtenir.

Notre État, le régime gouvernemental et le capital n'ont pas la moindre intention de transformer d'en haut la terrible situation d'injustice, de pauvreté, de privation et d'esclavage que nous connaissons. Quand nos peuples ont essayé d'obtenir un changement social par la voie des urnes, les partis politiques et leurs candidats pourtant charismatiques n'ont obtenu que découragement, frustration et démoralisation. De scandaleuses fraudes électorales ont été imposées au peuple mexicain, à l'image de celle commise par Felipe Calderón, président imposteur du Mexique en 2006. Et en cette occasion, bien qu'une fraction courageuse du peuple mexicain se soit montrée prête à défendre jusqu'aux ultimes conséquences le fait que López Obrador ait véritablement remporté le scrutin, celui-ci, candidat modéré et réformiste, s'est bien plus soucié de contenir, de dévier et pour finir de frustrer la soif de changement de millions de Mexicains que de rejoindre l'énorme courant insurrectionnel chargé d'espoirs qui s'est répandu dans notre pays. D'autre part, quand des candidats et des partis de gauche arrivent au pouvoir, ils ne se distinguent en rien dans leur pratique autoritaire, répressive et soumise aux plans et mégaprojets économiques du grand capital multinational de celle dont ont indistinctement fait preuve tous les gouvernements. Les exemples ne manquent pas et sont écœurants.

Quand les peuples ont décidé de lutter de manière indépendante et pacifique pour tenter de changer un tant soit peu l'intolérable situation d'injustice que nous connaissons, la réponse de l'État a toujours été la même et n'a cessé d'empirer : répression, prison, disparition forcée et assassinat. Sicartsa, Chiapas, Atenco et Oaxaca constituent les exemples les plus récents et les plus douloureux de la réponse qu'est prêt à donner le mauvais gouvernement au combat juste et pacifique des peuples ; l'impunité est son corolaire immédiat.

Nous ferions bien de le comprendre et de nous y préparer, à notre propre rythme, et, en synchronisant les horloges du changement émancipateur de nos peuples, à trouver l'heure à laquelle elles coïncident toutes pour lancer un grand soulèvement populaire contre le régime actuel, contre le capital et contre la tyrannie. Entre-temps, organisons-nous chacun à notre propre manière, devenons forts en bas, dans l'autonomie, l'organisation et la conscience.

Dans le même temps, rien ne nous empêche dès maintenant de construire d'en bas des initiatives et des projets autonomes qui portent les germes de la nouvelle société que nous voulons. La construction active de notre avenir commence aujourd'hui, par la construction de l'autonomie dans les communautés et en ville, en limitant le pouvoir de l'État et du capital dans les espaces territoriaux, idéologiques, politiques et d'éducation où nous travaillons et vivons. Et là de commencer à faire l'essai, à se tromper et à réussir la construction d'une nouvelle société qui n'ait besoin d'aucun gouvernement mais où la coexistence sociale harmonieuse entre êtres humains résulte de la solidarité, de la fraternité, du respect, du soutien mutuel et du collectivisme.

La façon dont un tel changement sera obtenu dépendra de l'État et du capital : la dimension de l'insurrection des peuples sera à la mesure de la dimension de leur tyrannie. Un tel changement sera certainement plus long, plus éprouvant et douloureux que la voie facile et médiocre que proposent les chantres de la continuité, du réformisme, de la fausse révolution prolétarienne et de la dictature, quand bien même ce serait celle du prolétariat.

Nous venons discuter des formes, formes qui doivent être, pensons-nous, celles que l'APPO avait décidé d'adopter à sa création, celles qu'ont pratiquées les assemblées communautaires de nos peuples indigènes depuis des milliers d'années et qui leur ont permis de résister avec plus ou moins de réussite au servage, à la spoliation et à la tyrannie. L'horizontalité, le consensus, le soutien mutuel, la guelaguetza et le tequio doivent être conservés dans l'APPO.

Nous cherchons dans ce deuxième congrès ordinaire de l'APPO à nous accorder, à suivre le même cap et avoir un même rythme avec nos peuples afin d'obtenir un changement social véritable et profond de notre société. Nous ne voulons pas nous limiter à ne faire que répondre aux agressions ou au rythme des changements opérés par ceux d'en haut, mais, avec tous et toutes, établir le calendrier du peuple, ainsi que ses dates importantes, celles de la révolution.

Voilà la parole que nous venons partager avec vous, frères et sœurs, dans l'espoir que cette fête de la parole permette à beaucoup d'entre nous de se rencontrer, que cela nous permette de nous organiser, de nous écouter, de nous connaître et finalement d'obtenir ce bouleversement social véritable et profond que notre société, nous-mêmes, tous et toutes, ainsi que les générations futures, souhaitent ardemment et dont elle ont besoin.

Fraternellement.

VOCAL, Voces Oaxaqueñas Construyendo Autonomía y Libertad

Oaxaca de Magón, Ville de la résistance, février 2009, An de la
réorganisation.

Traduit par Ángel Caído.
Transmis par le cspcl

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INSCRIPTIONS FRAUDULEUSES A  L’UNIVERSITÉ DE OUAGADOUGOU

Avec la bénédiction de l’administration ?


Courant février 2009, alors que les inscriptions et réinscriptions battent leur plein à l’université de Ouagadougou, une affaire éclate. Un groupe d’étudiants bien organisés avec à leur disposition des documents de la direction des affaires académiques de l’orientation et des inscriptions (DAOI) inscrivaient de façon parallèle des étudiants. Suite à la plainte d’un étudiant tchadien, il s’en suit des interpellations. A la police judiciaire les langues se délient : des proches collaborateurs du président de l’université de Ouagadougou sont cités dans l’affaire. Mais à travers l’interview qui suit, le président Jean Koulidiaty nie toute implication de son entourage immédiat. Vérité ou protection ? Wait and see.

Koundjoro Gabriel KAMBOU (K.K.G) : Monsieur le président, depuis février 2009 il est question d’une affaire d’inscriptions parallèles à l’université de Ouagadougou de quoi s’agit-il exactement ?

Jean Koulidiaty (J.K): En réalité il ne s’agit pas d’inscriptions parallèles. Il s’agit d’un certain nombre d’étudiants plus ou moins organisés qui ont réussi à dérober des fichiers au niveau de la DAOI et qui essayaient d’une certaine manière de faire inscrire des étudiants. Je pense que ce sont des  étrangers qu’ils  grugeaient. Mais grâce à la vigilance de la DAOI et en particulier de son premier responsable le Pr.  SAMUEL Nakolemdoussé qui a tiré la sonnette d’alarme et nous avons réussi à arrêter et à confier au  SRPJ (service régional de la police judiciaire) de Ouaga les gens qui ont été interpelés.

K.K.G : À quel niveau est l’affaire aujourd’hui ?

J.K : Je pense que j’ai été entendu par le SRPJ et ils ont pu auditionner tous les gens qui étaient impliqués de près ou de loin et ils ont transféré ceux qui ont été retenus au niveau du juge d’instruction, donc l’affaire est toujours en instruction et ce sera jugé très très rapidement. 

K.K.G : Selon des informations, certains de vos proches collaborateurs seraient impliqués, est ce que vous confirmer cette opinion ?

 J.K : Non, je ne confirme  pas. Puisque vous voulez que je sois clair, quand vous parlez de mes proches collaborateurs, il s’agit de mon protocole et d’une dame qui est proche collaboratrice du directeur de la DAOI. Ces deux (2) personnes ont été entendues parce que l’un des étudiants a prétendu être passé par eux pour obtenir certains renseignements ou certaines prérogatives. Naturellement,  quand on prononce votre nom au cours des enquêtes il faut obligatoirement vous entendre. Sinon mes collaborateurs dont vous parlez sont toujours en fonction et ne sont pas inquiétés. C’est à la justice de faire la lumière là-dessus. ils m’ont dit qu’ils n’ont absolument rien à se reprocher et ont même été confrontés à ceux qui ont prononcé leur nom au cours de l’enquête. J’avais dis au commissaire du SRPJ que même si le nom du Président de l’université était prononcé, de ne pas s’inquiéter, je suis disponible pour aller répondre devant eux et avoir des confrontations. Dieu merci pour l’instant ce n’est pas le cas.

K.K.G : La question qu’on se pose aussi c’est comment ces étudiants sont arrivés à dérober  des fichiers de l’administration de l’université ?

Je pense que c’est l’instruction de l’affaire qui permettra de savoir quelles sont les techniques qu’ils ont utilisées pour pouvoir obtenir ce document.

K.K.G : Depuis combien d’années ce problème dure ?

J.K : C’est cette année seulement, parce que chacun des documents a un numéro et ils ont constaté un moment donné qu’il y avait un numéro de série qui manquait et c’est en ce moment qu’ils se sont posés des questions et ils ont réussi à se rendre compte de la disparition de ce lot.

K.K.G :  Donc le défaut a été détecté par la Direction des affaires académiques, de l’orientation et de l’information (DAOI) ?

Le problème a été détecté par les services de la DAOI et son directeur et le même jour ils ont porté plainte et les services de sécurité de l’université ont fait leur travail et dans les 24 heures ils ont réussi  à mettre la main sur les personnes qui étaient impliquées.

K.K.G : Mais selon les information c’est la plainte d’un étudiant tchadien qui aurait déclenché l’affaire.

J.K : Vous savez  lorsqu’il  y a un problème entre deux voleurs ayant volé 100fcfa, c’est qu’il y a un qui veut 75f. C’est  l’étudiant tchadien qui a été lui même interpellé qui a permis qu’on mette la main sur ceux qui étaient concernés dans l’affaire.

 K.K.G : A combien évaluez-vous ce dommage subi par l’université ?

J.K : C’était le début d’une affaire donc il n’y a pas de dommages particuliers puisque de toute façon c’était pour des inscriptions qui n’étaient  pas gratuites d’ailleurs. C’était des inscriptions ordinaires mais pour permettre à des gens qui veulent faire médecine  et qui ne remplissent pas les conditions d’y être. Je pense que c’est plutôt un préjudice moral parce que si toutefois nous n’avions pas  découvert ceci  on pourrait déjà commencé à ne pas être crédible au niveau de directions centrales par exemple. Nous avons aussi demandé au gouvernement de nous amener l’inspection générale des services  de notre ministère qui va venir faire  l’audit de tout le système de la DAOI jusqu’aux scolarités pour savoir s’il y a des failles et à  partir de ce moment  nous allons prendre des mesures nécessaires pour  réorganiser.

K.K.G : Quelles sanctions courent ces étudiants qui sont dans cette affaire ?

J.K : Premièrement, on attend le jugement et après l’université pourra en conseil de discipline faire comparaître ces étudiants et les sanctions vont suivre.

K.K.G : Vous dirigez un grand monde qui est à l’université et quand il y a des affaires comme ça, ça inquiète. Quelles mesures  préventives  vous prévoyez pour rassurer tout le monde universitaire et pour éviter que de telles choses ne se reproduisent ?

J.K : D’abord comme je vous l’ai dit, j’ai demandé un audit qui est en cours et qui sera fait par l’inspection générale. Nous avons pris une décision depuis plusieurs mois pour pouvoir sécuriser nos diplômes. Nous avons pris contact avec des entreprises qui ont pour objet de fabriquer les billets d’argent infalsifiables avec des hologrammes visibles comme invisibles pour pouvoir justement faire un support qui permettra à quiconque veut faire des falsifications d’échouer puisque que les diplômes ne seront ni scanables ni photocopiables. Je pense que c’est la première fois en Afrique que de telles décisions sont prises pour permettre à ceux qui gagnent les diplômes d’avoir des diplômes mérités et que les fraudes cessent. Même le BAC sera fait sur ce modèle.

 

Interview réalisée par Koundjoro Gabriel KAMBOU

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A l'occasion du Fespaco 2009 à Ouagadougou, interview de Carlos Ouédraogo


Après une semaine de célébration du cinéma à travers le 21è FESPACO, l’heure est venue pour chacun à son niveau de tirer le bilan de sa participation à cette biennale du cinéma africain. Issu de la génération FESPACO, Bénéwendé Carlos Ouédraogo, metteur en scène, comédien, réalisateur, documentariste et conteur est venu de France pour participer au FESPACO 2009. Avec nous il dresse le bilan artistique et organisationnel de cette 21è édition qui marquait du même coup les quarante (40) ans d’existence du FESPACO.



Koundjoro Gabriel KAMBOU : Pourquoi êtes- vous venu au FESPACO ?

Bénéwendé Carlos Ouédraogo : Bon je suis venu au FESPACO à la fois en tant que réalisateur et en tant qu’artiste tout simplement. Le FESPACO représente pour tous les artistes africains l’une des plus grandes scènes, une scène continentale à vocation mondiale qui permet de mettre en perspective la vision artistique de l’Afrique par rapport aux problématiques qu’elle vit. Cette année le FESPACO fêtait ses quarante ans (40) ans d’existence, il était carrément de mon devoir même si je n’avais pas un documentaire de près, d’être là pour participer et vivre ces moments de quarante (40) ans du festival qui a un âge de maturité et aussi faire un clin d’œil à moi- même puisque je fêterai mes quarante (40) ans comme le FESPACO parce que je suis de la génération FESPACO. Je suis venu j’ai noué des contacts ; j’ai beaucoup de projets de documentaires en préparation. Le FESPACO est un grand carrefour durant lequel on peut rencontrer beaucoup de  monde du continent et du reste du monde. Ce sont autant de raisons qui m’ont conduit à cette 21è édition du FESPACO.

K. K. G : Comment jugez- vous la participation des cinéastes et du public à ce FESPACO

B. C. O : En tout cas j’étais impressionné par la quantité de production de films, parce que les films qui ont été proposés pour cette 21è édition, il y a eu plus de six cent soixante- neuf (669) si je m’en retiens à ce qui a été dit par les organisateurs. Cela prouve à quel point il y a un dynamisme de la production cinématographique en Afrique. Il y a un dynamisme incontestable dans la production artistique en Afrique et l’art est l’un des rares terrains avant- gardistes qui posent en perspective les différentes problématiques que vit le continent et qui parle directement aux consciences. J’étais ravi de voir tout ce monde et c’est le signe que ce rendez- vous du cinéma africain a une résonance mondiale, quarante (40) ans plus tard est une des plus grandes références qui comptent parmi les plus grandes rencontres cinématographiques du monde.

K. K. G : Quelle est votre appréciation du film qui a gagné l’étalon d’or de Yennenga ?

B. C. O : Quand j’ai vu le film TEZA de Haïlé Gérima pour la première fois, au sortir de ce film moi je l’ai pronostiqué déjà pour l’étalon d’or de Yennenga. Je disais à des amis qui étaient autour de moi que c’est l’étalon que je viens de voir. Et effectivement quand j’ai vu qu’il était consacré dans les faits, j’étais ravi. C’est un film très puissant, très artistiquement fait, politiquement engagé qui pose des problématiques à la fois de ce pouvoir, de ce racisme. Comme c’est un film dense qui évoque beaucoup de choses à la fois historiques, sociales, ça touche tout le monde. Moi étant à cheval entre le Burkina et la France, vivant là- bas, ce qu’on montrait du racisme que l’on vivait en Allemagne qui est ce qu’on vit exactement en France, on se retrouvait déjà dedans individuellement et on comprenait la problématique davantage. Un film qui a été construit avec une telle poésie, avec une telle vision ne pouvait qu’être honoré par cette distinction. Et quand TEZA a vraiment enfourché l’étalon de Yennenga, moi comme tous les autres festivaliers d’ailleurs nous avons tous applaudi parce que c’est un très beau film et je souhaite vraiment bon vent au film TEZA, qu’il parcourt le monde et qu’il ait une très grande distribution à travers le monde.

K. K. G : Comment jugez- vous l’organisation de cette édition anniversaire du FESPACO ?

B. C. O : C’est là effectivement que les véritables problèmes vont se poser. En tout cas j’ai apprécié la qualité artistique des réalisateurs. Beaucoup d’œuvres étaient de grande facture. Maintenant nous sommes dans un festival et un festival demande un minimum d’organisation pour pouvoir gérer de façon harmonieuse l’ensemble des opérations et à ce niveau il y a eu d’énormes problèmes organisationnels que nous avons constatés, et ça c’est vraiment dommage. J’ai été choqué, un peu révolté même de voir qu’à cette 21è édition, quarante (40) ans après on soit encore à balbutier sur des choses aussi simples qu’on a par moment réussies dans les éditions précédentes. Ça ça m’a vraiment choqué. Le fait que les programmes ne soient disponibles nulle part pour des festivaliers qui arrivent, il n’y a aucun programme pour savoir quel film voir, où le voir, c’est grave. Qu’on n’ait pas de programme qui puisse nous détailler les différentes productions à voir ; vu l’importance de ce festival c’est assez grave. Le fait que des films soient programmés et qu’on arrive et que ce soit déprogrammé à la dernière minute en lieu et place d’autres films comme j’ai pu le constater, ça c’est grave. Ça dénote de l’amateurisme de la part des organisateurs. Je le déplore et je le dénonce. Quand je prends les badges, trois jours après le début du festival, sur dix (10) personnes il y a à peine huit (8) qui n’ont pas de badges. Ce sont des choses qu’il ne faudra plus jamais reproduire parce que le monde entier nous regarde et la moindre faille est interprétée de manière cosmique. Au stade où nous en sommes, on ne peut plus tolérer ça et moi personnellement j’ai été choqué de voir cette pagaille au niveau de l’organisation. Je souhaite que les responsables de cette institution qui est le FESPACO prennent vraiment à bras le corps l’organisation et soient dans une vision prospective qui permet d’anticiper pour que ces erreurs qui sont de l’ordre de l’amateurisme ne se reproduisent plus ; parce que quarante (40) ans, il y a eu des erreurs que même au vingtième anniversaire on n’aurait pas fait, ce n’est pas à quarante (40) ans qu’on va les faire. C’est impardonnable.

K. K. G : Comment jugez- vous les innovations des organisateurs ?

B. C. O : Tout dépend de ce qu’on appelle innovation. Moi connaissant le FESPACO pour avoir vécu certaines éditions avant, pour avoir vu ce qu’ils ont appelé innovation, ça’ a occasionné une pagaille. Au final c’est une régression, pas une innovation. L’innovation c’est quelque chose qui nous amène de l’avant, à un niveau supérieur, et là nous sommes descendus à plusieurs étages en bas.

K. K. G : Parlant de votre carrière vous avez souvent monté des spectacles engagés dans un environnement socio- politique burkinabè hostile, comment vivez- vous cet engagement ?

B. C. O : Je pense qu’un artiste c’est quelqu’un qui s’exprime en toute conscience et en toute lucidité. En s’exprimant il parle aux consciences, au subconscient des autres. Je pense pas que quand un artiste est en phase de création et a des choses à dire, il ne peut pas se laisse bloquer par un environnement hostile parce qu’il ne le voit même pas. Ce que tu vois c’est l’œuvre que tu es en train de confectionner. Le plus important c’est de pouvoir s’exprimer, de pouvoir être en cohérence avec soi- même, c’est- à- dire en harmonie entre son génie créatif et la concrétisation physique et matérielle. L’une de mes dernières créations c’était « Thomas Sankara la lutte en marche », un spectacle que j’ai écrit en hommage à ce grand homme, à ce visionnaire qu’a été le Président Thomas Sankara qui était un héritier de plusieurs leaders qui l’ont précédé. Il est venu à une époque où l’Afrique et le monde avaient besoin de cette vision. Une vingtaine d’années après sa disparition, cette vision continue, vient apporter et approfondir des visions précédentes avant lui. On ne peut qu’être dans cette optique parce que nous sommes dans un rapport de force, nous  sommes dans une guerre qui ne dit pas son nom, quand on en est conscient face à cette injustice quasi généralisée ne pas aller contre ; sinon c’est contribuer à un suicide collectif que de ne pas se révolter contre cette bestialisation généralisée.

K. K. G : Que gardez- vous du Président Sankara ?

B. C. O : C’est un très grand visionnaire qui est venu à une époque où le Burkina, l’Afrique, le monde avaient soif du changement. Il est venu avec des idées novatrices, avec une vision très pertinente, très puissante, éclairer de sa lanterne l’obscurité dans laquelle on sombrait. Aujourd’hui sa disparition physique et son entrée lumineuse dans l’histoire continuent à guider ceux- là qui ont un minimum de conscience, un minimum de lucidité. C’est une sorte d’étoile éternelle. Les grands hommes transcendent leur personnalité physique, ils sont dans une perspective philosophique et c’est  l’axe philosophique  qu’il faut analyser et comprendre les grands hommes dans la pensée qu’ils ont voulu. Comme il l’a dit lui- même une semaine avant sa mort « on ne tue pas les idées » ; ses idées continuent à irradier, à dépolluer des mentalités, à éclairer des consciences et c’est ça qui est le plus important.

K. K. G : Vous qui avez vécu la période révolutionnaire, quelle lecture faites- vous aujourd’hui de la vie politique au Burkina ?

B. C. O : Bon, ce que nous vivons aujourd’hui, cette ère de démocratie plagiée à l’occidentale qui est encore un idéal démocratique à venir ; vous savez, quand les choses sont dans ce qu’on appelle du prêt- à porter qu’on vous impose sans souvent prendre les dimensions de ce que vous êtes, soit c’est trop large, soit trop petit, en tout cas ce qui est sûr l’espèce de démocratie qu’on nous a imposée à la Baule depuis les années 90 par le colon est quelque chose qui était évidemment inadapté. La démocratie c’est quelque chose qui doit tenir compte de notre contexte socio- culturel, ce sont des valeurs qui doivent tenir compte de ce que nous sommes. Quand on vous impose une manière d’être, une manière de voir, une manière de faire qui n’a pas tenu compte de ce que vous êtes aussi, il suffit de faire le bilan de ce qui s’est passé de 90 à aujourd’hui dans le reste du continent et on se rend compte que le bilan est très sombre et négatif. La démocratie est quelque chose à venir et elle viendra dans une perspective endogène et totalement africaine. Ce n’est pas une chose qui est étrangère au continent. Celui qui connaît l’histoire de l’Afrique, de son antiquité à l’époque précoloniale, c’est que la démocratie ne nous est pas du tout étrangère, nous la connaissons. Des monarchies constitutionnelles on en  a connues depuis des siècles, donc on a des leçons à recevoir de personne. La meilleure manière d’être cohérent, de pouvoir avancer c’est d’être soi- même. On dit que l’arbre ne se lève vers le ciel qu’en plongeant ses racines dans la terre nourricière. Celui qui évolue sans ses racines évolue comme un zombie, un être vide qui erre.
La révolution ayant échoué et a dévié dans une dérive droitière a conduit inexorablement dans quelque chose qui nous a éloigné de nous- mêmes. Aujourd’hui nous sommes dans une imitation servile de quelque chose dans lequel nous ne nous retrouvons pas. L’incohérence est là à tous les niveaux, aux niveaux moral, éthique, politique, philosophique, culturel ; nous sommes dans une déperdition. On dit quand tu ne sais pas où tu vas, sache au moins d’où tu viens. Il faut retourner vers la racine pour reprendre la mesure pour avancer, peut- être qu’en ce moment là, on se retrouvera. Le climat dans lequel nous sommes, c’est juste une apparence dont la forme peut être belle mais le fond est exécrable, putride et nauséabond.

K. K. G : Quelles sont vos perspectives professionnelles ?

B. C. O : En tant que réalisateur je suis sur au moins trois projets documentaires qui sont avancés à des degrés différents. J’ai un projet où je parle de la problématique de la pollution des déchets plastiques et du génie inventif des artistes africains à lutter contre le problème écologique. J’ai un autre sujet qui parle de la spiritualité africaine, parce que la spiritualité c’est le pilier central de l’équilibre psychique d’une personne, d’une société, d’une civilisation. Cette spiritualité quand elle n’est plus à votre image, quand elle ne vous appartient plus, vous tombez dans une déraison, la déraison ce qu’on appelle la folie et on délire. C’est une interpellation parce que l’Afrique a diabolisé ses propres sources spirituelles, ses propres repères. Dans le cadre du spectacle vivant j’écris aussi un travail pour remettre en perspective le problème de la falsification de l’histoire du continent africain, de l’antiquité à nos jours, du problème du racisme et de la contribution de l’Africain en général à la connaissance universelle.

K. K. G : Qui est votre idole ?

B. C. O : Je n’ai pas une idole comme ça. Mon idole je l’appellerais peut- être la Mahat que nos ancêtres de l’Afrique antique définissaient par la vérité, la justice, l’équilibre cosmique. Mon idole n’est pas une personne mais une perspective philosophique.

K. K. G : Un dernier mot ?

B. C. O : Le dernier mot à moi c’est que j’exhorte la jeunesse africaine à se mobiliser pour avoir une vision panafricaine. Il n’y a pas d’autres alternatives qu’une vision panafricaine dans une démarche philosophique afro-centrique. C’est le seul moyen par lequel pour l’instant on puisse passer pour nous désenchaîner mentalement, parce que les chaînes physiques on les a cassés, mais le pire qui reste à casser ce sont les chaînes mentales. Pour casser les chaînes mentales il faut passer par l’école afro-centrique qui est cette perspective philosophique qui vise à obliger les Africains à changer leur regard sur eux-mêmes et à aller chercher les matériaux d’un nouveau paradigme dans leur patrimoine culturel, historique et spirituel africain tout simplement. J’exhorte la jeunesse africaine à aller se cultiver pour s’armer la conscience afin de casser les chaînes mentales. C’est le seul moyen pour nous de contribuer à la renaissance africaine qui est en marche. L’Afrique est le futur. Africa is the feature.

Interview réalisée par Koundjoro Gabriel KAMBOU
OUAGADOUGOU / BURKINA FASO
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MAROC
RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN AUX DETENUS
D’OPINION DE SIDI IFNI



La communauté marocaine de la région de Sidi Ifni Ait Baâmrane résidant  en France lance un appel aux démocrates et aux associations éprises de liberté manifester leur solidarité avec les détenus d’opinion de Sidi Ifni  Ait Baâmrane et à soutenir les populations de la région qui ont été fortement réprimé.

Les événements du samedi 7 juin 2008 ont marqué l’opinion nationale et internationale. Les revendications légitimes de la population de Sidi Ifni Ait Baâmrane n’ont pas été prise en compte par le gouvernement marocain. En réponse à ces revendications, les autorités marocaine ont  frappé, humilier, saccager mais aussi condamner et enfermer une grande partie des manifestants et défenseurs des droits de l’Homme.

La communauté marocaine de la région de Sidi Ifni Ait Baâmrane organisera un rassemblement  de soutien aux détenus le 11 février 2009 à 16h au Trocadéro et exige une libération immédiate et inconditionnelle des ces détenus qui sont  emprisonné depuis juin 2008 ; certains sans jugement.

Nous lançons un appel auprès des autorités marocaine pour mettre fin à cette situation inadmissible, et  de libérer immédiatement  tous les détenus.  Nous réclamons  aussi la poursuite de tout les responsables  des sévices perpétré à l’encontre des habitants de  Sidi  Ifni  ait Baâmrane.

Soyons nombreux à venir  exprimer notre indignation  face à cette situation honteuse et  inhumaine.
Www.sidiifni-aitbaamrane.com
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Synthese par Paris 8

Synthèse état des lieux incomplète
au 2 février 2009 à 21h30

Aix Marseille : Blocage de la remontée des maquettes IUFM + 1200 en AG à Aix aujourd’hui et 150 en AG à Marseille Saint Charles, blocage.

Avignon : Blocage de la remontée des maquettes IUFM. L’AG des membres de la communauté universitaire de l’UAPV (Avignon et Pays du Vaucluse) réunie ce mardi 27 janvier 2009 s’est prononcée pour la grève illimitée à partir du 2 février.
Besançon : A priori vont remonter les maquettes IUFM. Les enseignants-chercheurs de l’UFR SJEPG (sciences juridiques, économiques, politiques et de gestion) de l’université de Franche-Comté ont voté la grève des enseignements du 2 février au 5 février 2009. Une vingtaine d’enseignants chercheurs n’assurera pas ses cours. L’AG de l’université de Franche-Comté (environ 400 personnes enseignants, étudiants, chercheurs, personnel biatos) a voté la grève reconductible à partir du 2 février.
Bordeaux III : Mardi 27, AG à 1200. Le 2 février, 1500 personnes en AG, vote de la grève des étudiants, les profs sont déjà en grève, ils appellent à une manif jeudi et leur prochaine AG est mercredi. Comité de mobilisation inter UFR, plus mise en place de commissions. Mardi ils organisent une journée avec des animations et cours alternatifs.
Bordeaux IV : De nombreux grévistes hier dans les UFR de droit. Une AG à l’appel des étudiants s’est tenue le 29 janvier.
Caen : Blocage de la remontée des maquettes IUFM.

Corse : L’Ag des personnels de l’université de Corse a voté une semaine de grève dès le 2 février, grève qui pourra être reconductible si leurs revendications ne sont pas entendues.
Dijon : L’assemblée générale des enseignants, enseignants-chercheurs, personnels IATOS et étudiants de l’université de Bourgogne réunie ce jeudi 29 janvier 2009 a appelé à la grève du mardi 3 février au samedi 31 février inclus.
Grenoble : 750/800 en AG sur la fac de lettres, une AG sur un autre site a rassemblé 600 personnes dont la moitié de profs.
Le Mans : 350/400 personnes en AG, vote de la grève des étudiants, les profs reconduisent la grève demain. Ils prévoient une manif demain et blocage du CA jeudi. Comité de mobilisation.
Lille III :  400 personnes en AG: proposition de se mettre en grève jeudi prochain, mais la proposition de faire un vote administratif sur la grève a été majoritaire, il aura lieu mercredi.
Lyon : 800 en AG à Bront, 300 à sciences po,
Metz : Mardi 27 janvier, une AG se tenait sur le site de Lettres, 200 personnes (dont 100 profs), où l'ambiance était plutôt favorable à la mobilisation ; aucun département ou UFR n'a remonté ses maquettes, à part italien et histoire. Rien en Sciences (c'était les eléctions aux conseils d'UFR), mais pas mal de perspectives pour le 29 néanmoins.

Nancy : 200 en AG fac de lettres, mercredi ils font une AG commune profs/étudiants et une AG étudiante jeudi prochain.

Orléans : l’AG des personnels de l’université d’Orléans a voté un mot d’ordre de grève totale à partir du lundi 2 février : rétention des notes des partiels du 1er semestre (donc pas de délibérations de jurys), grève des fonctions administratives, grève des cours et de la recherche. AG à 300 Mardi 27 janvier.
Perpignan : Mardi 27, AG à 100. Nouvelle AG le 2 février.
Poitiers : Blocage de la remontée des maquettes IUFM.
Reims : reprise ce lundi, ils appellent à une AG demain.
Rennes I : l’AG des mathématiciens de Rennes 1 s’est prononcée pour la grève à partir du 2 février.
Rennes II : AG à 800 la semaine dernière, Grève et barrages filtrants.
Rouen : L’assemblée générale des personnels de l’UFR des Lettres et Sciences Humaines de l’université de Rouen, réunie le 30 janvier 2009, a voté la grève reconductible, totale et illimitée à partir du lundi 2 février. AG de Sciences et de STAPS de l’université de Rouen a voté la grève à partir de lundi 2/2 en suivant l’appel de la coordination nationale. L’UFR de Sciences de l’université de Rouen se mettra en grève totale à partir du 2 février 2009.
Saint étienne : 600 en AG la semaine dernière, vote de la grève.
Strasbourg : L’Assemblée générale des enseignants de l’UFR des Sciences historiques de l’université de Strasbourg, réunie ce mardi 27 janvier à 12h. (40 personnes présentes, plusieurs excusées), en accord avec les motions votées le 22 janvier 2009 par la coordination nationale des universités, en accord avec l’« Appel de Strasbourg » et dans la continuité des résolutions adoptées le 20 janvier 2009 par l’Assemblée générale des personnels de l’Université de Strasbourg, réaffirme qu’il est nécessaire que le gouvernement retire : - le projet de nouveau décret sur le statut des enseignants-chercheurs - le projet de réforme des concours et de la formation (mastérisation) des enseignants. Grève.
Toulouse Le Mirail : 1500 personnes à une réunion/ débat appelée par la fac, leur vraie AG est demain, appel à une manifestation jeudi prochain avec les profs. Mise en place comité de lutte, une soixantaine de personnes participent.
Tours : Mardi 27, AG à 400. Lundi 2 février, 1000 en AG, vote de la grève et occupation de nuit de la fac.


Paris 3 : L'assemblée générale des personnels de Paris 3, réunie le 26 janvier 2009 (environ 300 personnes présentes), appelle les personnels de Paris 3 à la grève. Les personnels, enseignants et biatos de l’U.F.R. de L.G.C de l’Université de Paris3-Sorbonne Nouvelle réunis en Assemblée générale. (17 présents ou représentés sur 23 membres de l’UFR), le mercredi 28 janvier 2008, expriment leur solidarité avec les revendications de l’Assemblée générale du personnel de Paris3 réunie le 26 janvier (le retrait du projet de réforme du statut des enseignants-chercheurs ; le retrait du projet de réforme de la formation des enseignants et des concours d’enseignement ; la suspension des suppressions de postes dans les universités ; abandon du projet de contrat doctoral ;ouverture d’une véritable concertation sur toutes les questions relatives à l’avenir de l’université.) et avec celles de la coordination nationale des Universités réunie le 22 janvier 2008 (retrait sans préalable du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs et de la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du premier et du second degré l’université française se mettra en grève totale, reconductible et illimitée : le 2 février 2009 l’université s’arrête.) Ils rappellent en outre que leurs revendications sont convergentes avec les préoccupations de la communauté étudiante concernant leur condition d’études et de vie. Ils votent la grève des enseignements jusqu’à l’Assemblée générale de la coordination nationale des Universités du 2 février (et celle du personnel de l’Université de Paris3, prévue le 3 février) et appellent à une grève illimitée des enseignements à compter du 2 février si les revendications de cette coordination n’étaient pas entendues.

Paris 5 : L’assemblée générale de l’institut de psychologie de Paris 5, réunie aujourd’hui mardi 27 janvier, rassemblant des personnels (EC, C, et BIATOS) et des étudiants (environ 650 personnes) des UFR de Psychologie, Sciences Humaines et Sociales, et IUT, a voté : * Le soutien aux deux motions de la Coordination Nationale des Universités (contre : 3 ; abstention : 10) ; * La grève pour le jeudi 29 (unanimité) ; * La grève pour le lundi 2 février, avec convocation d’une assemblée générale ce jour à 10H45 et l’organisation d’une manifestation l’après-midi. (contre : 8 ; abstentions : 42).
Paris 6 : 400 à Paris 6 dont 3/4 de profs, AG étudiante jeudi avec barrages filtrants, appel à une manif jeudi.
Paris 7 : AG lundi 26 janvier : 350 personnes. 200/250 en AG à Paris 7 le 2 février, vote de la grève, les profs de 8 UFR sont en grève. Comité de mobilisation existe avec une cinquantaine d’étudiants impliqués. Le site de Charles 5 a revoté la grève.
Paris 8 : Le département de science politique de l’Université Paris 8 décide, jusqu’au retrait total, sans préalable, de ces deux projets : de suspendre la saisie administrative des notes du premier semestre (qui seront néanmoins transmises aux étudiant-e-s) ; de se mettre en grève totale, reconductible et illimitée à compter du 9 février et donc de ne pas assurer la reprise des cours du second semestre. L’UFR « Histoire, Littérature(s), Sociologie, Genre » de Paris 8 a adopté la motion de la coordination des universités du 22 janvier et a décidé à l’unanimité des 87 personnes présentes de se mettre « en grève totale, reconductible et illimitée à partir du 2 février : l’Université s’arrête. » Grève étudiante à partir du 9 février.

Paris 10 : Examens en ce moment mais profs mobilisés ainsi que les personnels. Appel à paralyser l’université le 29 janvier. Vote de la rétention des notes et de la grève illimitée à partir du 2 février. Réunions par UFR en ce moment ainsi que travail d’information à destination des étudiants pendant les partiels. Rentrée le 9 février : débrayage des profs le matin – volonté de faire une assemblée générale étudiante et/ou enseignante le midi du 9 février après le débrayage des profs.

Paris 12 : Mardi 27 janvier, une Assemblée Générale de 200 étudiants et personnels de Paris 12 a voté la grève à partir du 2 février. Mercredi 4 février Assemblée Générale de 12h à 13h.
Paris 13 : département de littérature de Paris 13 a voté la grève illimitée à partir du 2 février. L’AG de l’IUT de Villetaneuse appelle à la grève et la suspension du second semestre.

Marne la vallée : L’AG de l’UFR de Langues de l’Université Paris Est – Marne-La-Vallée a voté la grève totale, reconductible et illimitée à compter du 2 février 2009.

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04 février 2009
Tract université Paris 8



Grève dans  l’enseignement supérieur


L'enseignement supérieur est aujourd’hui en grève depuis le 2 février dans environ 46 universités. En Assemblé générale ils étaient 1500 à Bordeaux, 1200 à Aix Marseille, 800 à Lyon… Une  grève par rapport aux réformes  sur le statu des enseignements chercheurs et sur la masterisation. C’est la logique de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), qui touche cette fois-ci tant les enseignements actuelle que les futurs avec la réforme des statues des enseignants chercheurs/euses et la masterisation, mais surtout  dans une logique plus profonde de réforme de l’enseignement supérieure en général.

La masterisation et la réforme des statuts des enseignantes chercheurs/euses

Aujourd’hui, c’est la formation et le recrutement des professeurs qui est aussi attaqués avec la réforme de l'IUFM,  L'université prendra en charge les futurs enseignants qui devront passer par un « master enseignement » spécialisé (centré sur les programmes scolaires) en remplacement de leur formation pédagogique rémunérée au sein des IUFM. C'est à dire d’un enseignement donnant une formation réelle au métier avec une approche du terrain lors du stage rémunéré.
 S’ajoute à cela la réforme du statut des enseignant-es-chercheurs/euses. Les
enseignant-es chercheurs/euses vont être divisé-es en deux catégories : les bon-nes chercheurs/euses, auteur-e-s de nombreuses publications dans de prestigieuses revues, qui auront moins d'heures d'enseignement et les autres ayant « moins produit » ou écrit dans des revues moins prestigieuses (ce qui est le cas de l’énorme majorité des jeunes enseignants chercheurs et des doctorants) qui devront effectuer des heures d'enseignements supplémentaires, ne pouvant effectuer leur recherche. Cette réforme censée améliorer la recherche sert en réalité de paravent à l'arrêt des embauches de professeurs puisque certain feront plus d’heures, remplacent les embauches. Ajoutés à cette sélection par rapport a leurs publications ce sont les président-es d'universités qui recruteront les enseignants et qui décideront les bon-nes et les mauvais-es chercheurs/euses pour décider qui fait de la recherche, et qui voit ces heures de cours accrues. 
Mais sur quels critères feront-ils/elles leur choix ? Au nom de la recherche (mais laquelle), au nom des besoins de main d'œuvre nécessaire à chaque UFR ?

La destruction de l’enseignement supérieure
 
Depuis le processus de Bologne qui plaçait l'éducation dans un but d’employabilité, de mobilité et la compétitivité (1998), la LOLF (loi organique de finance 2002)et la LRU (2007), qui définissent les services publics comme devant être des institutions rentables , les gouvernements successifs n'ont cessé de détruire les possibilités démocratiques et critique de l'enseignement supérieure, la recherche, et de leur rôle de service public égalitaire. Sous prétexte de chômage massif des jeunes, suivant l’idéologie néo-libérale, le gouvernement s’est dit que les universités allaient maintenant se professionnaliser et être privatisé. En parlant de professionnalisation ce qui peut être de bon augure dans certaines filières, il installe en réalité une sur-spécialisation avec mise à jour à volonté pour les entreprises qui peuvent (depuis la loi LRU) siéger au Conseil d’Administration de la fac et donc avoir un poids conséquent sur le contenu des cursus. Cette surspécialisation a pour conséquence pour les étudiant-es de ne se voir dotés que d'une compétence (sur une tâche précise) et non d'une formation généraliste permettant d'avoir un large panel dans les possibilités de métier (et alors ? s’ils ont choisi un métier précis tant mieux…).

Université paris 8

Le financement, baisse des budgets, suppression de postes

De la maternelle à l’université, c’est tous ensemble qu’il faut lutter !

L’éducation publique dans sont ensemble est attaquée par les contre-réformes libérales. Baisse de moyens, suppression de postes, durcissement de la hiérarchie, flicage des élèves et des profs, compétitivité et mise en concurrence... C’est la même logique partout, contre l’enseignement public et en faveur du privé !
Pour illustration,Le Bac pro n’aura plus lieu en 3 ans mais en 4,le BEP disparaît, la Réforme Darcos des lycées supprime les enseignements non rentables, Les réseaux d’aide spécialisée, les RASED, et 11000 postes par an jusqu’en 2012, les évaluations en CM2 permettront de classer et mettre en concurrence les écoles comme le permet la suppression de la carte scolaire. Ajoutons la privation de l’université avec la LRU et la nouvelle réforme du CROUSS.


Face à ces réformes il est impératif de lutter de manière unitaire dans l'enseignement supérieur, dans l'éducation et dans la société. Dans toute la communauté universitaire de Paris 8, des luttes se préparent, c'est pourquoi nous ne devons pas tomber dans le piège des revendications corporatistes et donc ce cantonner à ces réformes sur le statut des enseignements chercheurs et la masterisation mais lutter tous ensemble contre la logique gouvernementale et soutenir toutes les formes de luttes (grèves, occupations, rétentions de notes...). L'avenir ne se subit pas, il se décide, descend dans la rue et construit une autre société !
 


 
 
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LES RÂLES D'UN EMPIRE ET VIVE OAXACA ! VIVE LA PALESTINE !

L'année 2009 commence, et avec elle, un sombre panorama de pauvreté, de
répression, d'autoritarisme, de guerres génocidaires et de spoliation
menace les vies de millions d'hommes et de femmes dans le monde entier.

Rien de neuf, diront ceux qui ont habitué leur cœur à l'injustice, à
garder les yeux secs devant la souffrance des autres et les oreilles
sourdes à la clameur de ceux qui réclament la justice et la liberté.
Exagération, diront ceux qui ne regardent le monde que par l'étroite
lucarne de l'écran de télévision où ils contemplent jour après jour un
monde pimpant de fausses espérances et de démagogies ornées de clinquant,
où on appelle terroriste ou radical celui qui défend son territoire un
caillou à la main, et où on appelle démocrate celui qui à coups de balles,
de bombes et de missiles assassine des peuples sans défense. Dans ce monde
télévisé, une capuche sur le visage et des vêtements noirs sur le corps
suffisent à justifier la criminalisation, la répression et l'assassinat
impuni, tandis que le visage découvert des gouvernants génocidaires est le
symbole de la démocratie et de l'État de droit.

Rage, disent les dignes de cœur qui, malgré le chagrin que cause cette
injustice brutale, ne se lassent pas de nourrir des espérances.

Le modèle du néolibéralisme, qui a été implanté petit à petit, mais avec
férocité dans le monde et dans notre pays durant les vingt dernières
années, a laissé derrière lui un sillage de peuples dépouillés, de droits
du travail anéantis, de services de base à la population privatisés et
chers, d'une éducation privatisée de fait et avec le fantôme de la
confessionnalisation à sa porte, et bien sûr d'une série de crimes et de
répressions à l'encontre des peuples qui ont résisté à ce modèle
néolibéral déprédateur de la vie, de la culture et de l'espérance.

Qu'il suffise, pour exemples, de nos propres peuples d'Oaxaca en 2006 et
de nos 26 frères et sœurs, hommes et femmes oaxaquègnes assassinés par
l'État criminel d'Ulises Ruiz et de Vicente Fox, et de la guerre
implacable et génocidaire qu'aujourd'hui lance l'État sioniste-terroriste
d'Israël contre le peuple palestinien désarmé et de nos plus de mille
frères et sœurs, hommes, femmes et enfants, assassinés par l'État
terroriste d'Israël que gouverne le criminel Ehoud Olmert. L'assassinat
d'Alexis Grigoropoulos dans la Grèce de l'hypocrite Union des capitaux
européens et l'assassinat public de l'Afro-Américain Oscar Grant dans les
nouveaux États-Unis d'Obama, tous deux perpétrés par des policiers,
montrent également que même si, en haut, la couleur des partis, des
gouvernements et des gouvernants change, en bas la couleur est toujours la
même, la couleur rouge du sang.

Ce modèle néolibéral que les pays impérialistes du monde ont imposé aux
pays pauvres à coups de sang et de feu, mais aussi à coup d'élections, de
partis politiques et de démocraties oligarchiques, a éliminé toute
intervention de l'État dans la protection minimale du bien-être des
peuples qu'ils disent servir et gouverner, et face aux lois sacrées du
libre-échange se prosternent de la même façon les politiciens de droite
que ceux supposés à gauche. Selon cette logique, le seul rôle souhaitable
des gouvernements à l'ère du libre-échange est celui de gendarmes armés
pour protéger les intérêts des grandes compagnies et firmes
transnationales qui aujourd'hui ordonnent et régulent la vie des êtres
humains. De là, l'unité étonnante que montrent les gouvernements émanant
de tous les partis politiques quand les peuples s'opposent à la spoliation
qu'ordonnent les transnationales sans visage. Les répressions d'Atenco,
d'Oaxaca, des villages qui s'opposent au barrage de La Parota dans le
Guerrero, des normaliens du Guerrero et du Michoacán, des enseignants du
Morelos, des peuples zapatistes du Chiapas, ne sont que quelques exemples
de l'obéissance inconditionnelle de la classe politique de tous les partis
(PRI, PAN, PRD, PT, Convergencia) envers les grandes firmes, même s'il
faut pour cela réprimer les peuples mêmes qu'ils disent gouverner. Mais
ces peuples sont aussi des exemples de la résistance digne et de
l'espérance qui, malgré tout, se niche encore dans l'âme rebelle du
Mexique profond et rude, celui d'en bas et de plus en bas encore.

Oaxaca ne fait pas exception. À l'injustice historique dont souffrent nos
peuples depuis plus de cinq cents ans, quand a débuté l'invasion
impérialiste et avec elle la guerre d'extermination contre nos peuples,
nos cultures, nos langues et notre façon de vivre, à ces blessures jamais
cicatrisées de notre histoire s'ajoutent aujourd'hui, infâmes, la violence
et le crime du gouvernement néolibéral et assassin d'Ulises Ruiz qui se
prolongent dans la spoliation du territoire, des forêts, de l'eau, de la
culture, des minerais du sous-sol et même du vent qu'aujourd'hui
pratiquent les grandes firmes transnationales sur les territoires des
peuples originaires dans tout l'État, dans les villes et dans les
montagnes, les vallées, les côtes, la jungle et les forêts.

Déguisés en projets de développement de bien-être et d'emploi, les
transnationales de l'énergie, de l'eau, des mines, du tourisme et du
commerce aiguisent leurs crocs pour dépouiller à n'importe quel prix les
territoires et les ressources des peuples d'Oaxaca. Dans l'isthme de
Tehuantepec avec le projet de génération d'énergie éolienne, chez les
peuples de la Sierra sud et de la Mixtèque avec le mégaprojet minier, sur
le territoire des peuples chontals de l'Isthme avec le projet routier de
Huatulco, dans les villages côtiers avec les projets immobiliers de
tourisme transnational, sur le territoire des Indiens urbains de la ville
d'Oaxaca où des entreprises rapaces comme Chedraui [chaîne de
supermarchés] rasent les derniers arbres qui survivent au milieu de ce
béton qui prétend ensevelir nos racines, et sur le territoire des peuples
de la côte, où on prétend imposer le barrage hydroélectrique du Paso de la
Reina.

Aujourd'hui, presque trois ans après le démarrage du mouvement de l'APPO
en 2006, sont toujours en prison Víctor Hugo Martínez Toledo et Miguel
Ángel García pour le seul fait de s'être levés avec leur peuple à la
recherche de la justice, de la liberté, de la paix et de la dignité. Mais
ils ne sont pas les seuls prisonniers politiques que garde le mauvais
gouvernement de notre État, car restent aussi en prison depuis six ans
Pedro Castillo Aragón, depuis treize ans les douze prisonniers politiques
du village zapotèque de San Agustín Loxicha, Agustín Luna Valencia,
Eleuterio Hernández García, Álvaro Sebastián Ramírez, Urbano Ruiz Cruz,
Cirilo Ambrosio Antonio, Abraham García Ramírez, Fortino Enríquez
Hernández, Ricardo Martínez Enríquez, Justino Hernández José, Estanislao
Martínez Santiago, Mario Ambrosio Martínez et Zacarías P. García López. Et
depuis plusieurs années les trois prisonniers politiques du village
zapotèque de Santiago Xanica, Abraham Ramírez Vázquez, Noel García Cruz et
Juventino García Cruz, les trois prisonniers politiques du village de
Guevea de Humboldt Amado Castro López, Nicasio Zaragoza Quintana et
Edmundo Espinosa Guzmán, un prisonnier politique du village zapotèque de
San Blas Atempa, José Luis Sánchez Gómez, et beaucoup d'autres prisonniers
et prisonnières qui à cause de la pauvreté sont aujourd'hui châtiés dans
les prisons du mauvais gouvernement, parce qu'ils ne se laissent pas
asservir et refusent de mourir de faim.

La crise économique mondiale qui a commencé l'année dernière au cœur de
l'empire capitaliste, les États-Unis, mais qui s'étend rapidement à la
majeure partie du monde globalisé où ont été imposés ou acceptés les
articles de foi du néolibéralisme, vient rendre plus aiguë encore la
situation déjà difficile de faim et d'injustice des peuples du monde, mais
elle vient aussi démontrer l'échec du modèle néolibéral. Les mêmes firmes
qui auparavant réclamaient l'effacement de l'État devant la rapacité
spéculative du libre-échange qui conduit l'économie et le sort des nations
du monde, accourent à présent très aimables afin de réclamer
l'intervention multimillionnaire des gouvernements de tous les pays pour
les sauver de la catastrophe de leurs propres excès.

C'est là la toile de fond du spectacle macabre mais plein d'espérance de
l'effondrement irrémédiable de l'hégémonie impérialiste des États-Unis
qui, avec des râles de monstre à l'agonie, se lance dans des guerres
génocidaires contre les peuples du monde qui résistent à leur ambition. Et
tandis que bien des États impérialistes (Union européenne, Chine, Russie)
se préparent à les remplacer ou réaccommoder un nouvel ordre mondial
multi-impérialiste, dans le monde entier des peuples se soulèvent encore
et encore, et toujours plus fortement contre l'oppression des
gouvernements, des capitaux et des États totalitaires, et à la recherche
de la justice, de la liberté, de la paix et de la dignité.

À présent, nous, peuples d'Oaxaca qui en 2006 avons réuni nos chemins de
lutte et de résistance dans le mouvement de l'Assemblée populaire des
peuples d'Oaxaca, nous nous trouvons au seuil insondable du changement
social.

De sorte que nous nous trouvons ici, à la croisée des chemins de
l'histoire, sur cette voie de non-retour dans l'histoire de l'humanité, à
la frontière impossible à concrétiser entre le vieux monde qui tombe en
morceaux et le nouveau monde qui surgit de ses ruines. À coup sûr, un
nouvel ordre mondial et une nouvelle société émergeront de cette
conjoncture historique. Le sens de cette nouvelle société dépend des
luttes et de l'organisation que nous mettrons en œuvre, nous ceux d'en bas
et de plus en bas, qui pendant des siècles et des générations avons été
seulement masse de manœuvre de politiciens, chair à canons, numéros dans
les élections, pourcentages dans les indices de pauvreté et croix anonymes
de cimetières oubliés.

Cette année 2009 commence, et la faim de notre corps sera très grande,
pourvu que la faim et la soif de justice de notre esprit le soient encore
plus ! Il y a de l'espoir, oui, mais il n'est pas sur les écrans de
télévision, ni dans les gouvernements, ni chez les politiciens et leurs
partis, il se trouve en nous, hommes et femmes du Mexique profond, de
l'Oaxaca de Magón.

David Venegas Reyes "Alebrije"
VOCAL-APPO
16 janvier 2009, Oaxaca de Magón, ville de la résistance.

Traduit par el Viejo.

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 URGENCE ENFANTS BLESSES DE GAZA

L'armée sioniste a fait plusieurs milliers de blessés avec son agression sauvage et dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants.
Nous avons besoin d'urgence de votre aide pour en soigner quelques uns en France, vous trouverez ci joint une liste de douze d'entre eux âgés de 1an à 13 ans qui ont besoin d'être pris en charge, si vous connaissez des medecins , hopitaux cliniques dispensaires etc capables de prodiguer des soins, et si vous êtes prêts à contribuer à la prise en charge de leurs soins et leur déplacement chez nous, merci de le faire savoir au plus vite. La délégation palestinienne à Paris peut nous donner un coup de main auprès du Quai d'Orsay pour les faire venir.
Si quelqu'un peut nous traduire les affections et atteintes dont ils sont victimes merci d'avance
Contact : 06 18 79 76 61

 

           Situation Médicale

Age

Nom/Prénom

 

Explosive Inj. Exploration +livrer lacération+Rt.Ext. Fixator

 

5. ½  

Amira Charif al askari

Explosive Inj. Lt ext . Fixator

 

13 ½

Basel Jamil Abdallah

Vascular surgery

 

8 ½

Faraj Fozi Saleh

Craniotomy

 

9 ½

Anssam Said Ahmed Alrahel

Above Lt. Knee ampulation + vascular surgery

 

13 ½

Mouna Salah Shehdeh Alashkar

Craniotomy

13 ½    

Younes Mohammed Joumaa

Amputation

 

Mohamed Saleh Awad

 

Exploration + repair small intestine + ext. Fixator

 

6 ½

Yman Altarfawi

Exploration + small intestine repair

10 ½         

Moumen Kamel Saad

 

Abd.Wall Inj + ampulation

 

14 ½

Douaa Kmal Albanna

Face explosive

 

1 ½

Mohammed Baalousha

Int. Fixation

 

3 ½

Haitham Alkawaldeh

 


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Transmis par Jeremy du collectif CSUR à Calais

Migrants du littoral de la Manche et de la Mer du Nord :

Les autorités françaises doivent ouvrir les yeux et protéger les migrants !!!


La Coordination française pour le droit d'asile (CFDA) a publié, aux termes d’un travail d’enquête et de terrain réalisé de mai à juillet 2008, le rapport intitulé «La loi des 'jungles' – La situation des exilés sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord» (Loi des Jungles). Douze missions ont été effectuées le long du littoral de la Manche et de la Mer du Nord dans différents lieux où vivent les exilés en transit vers la Grande-Bretagne ou ailleurs. Les enquêteurs de la CFDA ont rencontré associations locales, militants, migrants et autorités locales lorsque cela était possible, dans les agglomérations de Roscoff, Saint-Malo, Cherbourg, Caen, Dieppe, Calais, Dunkerque, Norrent-Fontes et Paris. La presse a largement couvert cette publication et depuis couvre aussi la situation sur place par de nombreux reportages.

Pour les autorités françaises, rien n’aurait changé.

Pour les migrants, la situation reste la même : leurs droits fondamentaux continuent d’être violés.

Pour le ministre de l’Immigration, ces migrants ne sont pas des demandeurs d’asile ni des réfugiés, ils sont en situation illégale sur le territoire français. Pourtant, les exilés sont principalement des Afghans, des Erythréens, des Irakiens, des Iraniens, des Soudanais et des Somaliens, c'est-à-dire originaires de pays où il est légitime que les violences suscitent l’exil. De plus, les chiffres 2007 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) montrent que, si ces exilés demandaient l’asile, une grande partie d’entre eux pourraient avoir un espoir raisonnable d’être reconnus réfugiés ou protégés subsidiaires

Pour soutenir le travail des membres d’Amnesty International France et de la Coordination française pour le droit d’asile, SIGNEZ la lettre-pétition EN LIGNE qui sera remise à l’ensemble des députés et sénateurs des régions concernées.


 
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Transmis pas jeremy du collectif CSUR à Calais


SOUTENONS DOUNIA !


Dounia Esmo est une jeune Érythréenne de 23 ans qui a fui son pays il y a trois ans pour échapper à la circonscription militaire. L’Érythrée est en guerre larvée avec l’Éthiopie. Le service militaire y est obligatoire et illimité pour les filles comme pour les garçons. Tout déserteur risque la peine de mort.

Dounia a traversé le désert puis la mer Méditerranée avant de s’échouer en Sicile (Italie) où de nombreuses femmes sans papiers sont exploitées par des réseaux de prostitution.

A la recherche d’une protection qu’elle n’a pas trouvée en Italie, elle a décidé de demander l’asile en France.

Après sa sortie du centre de rétention administrative de Coquelles, elle est arrivée désorientée au camp de migrants de Norrent-Fontes où elle a trouvé écoute et informations auprès de l’association Terre d’errance.

Dounia a exprimé sa détermination à demander l’asile en France. Elle a d’ores et déjà commencé à apprendre le français.

Mais la France risque d’expulser Dounia vers l’Italie où ses empreintes ont été prises et où elle se retrouverait seule.

Dounia et l’association Terre d’errance demandent au préfet du Pas-de-Calais de bien vouloir appliquer la clause humanitaire citée dans l’article 15 du règlement européen Dublin II, afin qu’elle puisse faire valoir son droit à l’asile en France.

Merci de la soutenir par vos signatures.

Signer la pétition :
http://www.mesopinions.com/Soutenons-Dounia---petition-petitions-b9f10dbe267b8ac102b46c8af5eddc2d.html


N’hésitez pas à diffuser la pétition à tous vos contacts !!!

 


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Transmis de Ouaga par notre ami Gabriel


SITUATION A L’UNIVERSITE DE OUAGADOUGOU

Manque de volonté ou raison d’incompétence ?

Chaque jour qui passe voit l’université de Ouagadougou sombrer un peu plus dans la léthargie. Depuis des années déjà. On est bien loin de l’espoir d’en sortir. Succession d’incompétences, de manque de sagesse ou de mauvaise volonté, notre institution universitaire est désormais sur ses fesses. Dans la boue.

L’état de santé de l’université de Ouagadougou s’est considérablement dégradé un certain 17 juin 2008 au matin. Ce jour là, face à une marche d’étudiants des UFR SEA et SVT, il leur fut opposé un dialogue atypique : gaz lacrymogènes, balles blanches et réelles, courses poursuites et débandade totale dans tout le campus. La conséquence de ce choix du raccourci de la violence fut la fermeture de l’université, le déguerpissement des locataires de cités et la fermeture de tous les restaurants universitaires. Certainement pour réfléchir à des solutions concrètes face aux problèmes légitimes qui se posent sur le champ universitaire. Les étudiants réclament entre autres, plus de laboratoires et d’amphithéâtres car certains d’entre eux s’asseyent à même le sol pour prendre cours, ou sont obligés d’envoyer de chez eux des chaises. Au paroxysme de la crise, de nos autorités on entendait des propos du genre " les étudiants doivent comprendre que le Burkina Faso est un pays pauvre.

Par conséquent ils doivent arrêter de demander l’impossible à l’Etat". Mais après "deux mois de" réflexion, l’ingénieuse solution trouvée face au manque d’amphi et de labo fut d’ériger tout autour de l’université, un mur en béton armé de plus d’un demi milliard de nos francs. Alors, n’est-ce pas nos autorités qui doivent comprendre qu’elles insultent l’intelligence et la conscience du peuple burkinabè ? En plus du mur, l’université fut dotée de policiers pour assurer la sécurité. De qui ? De quoi ? Puisque les vols d’engins continuent de plus belle sous la barbe et le nez de nos braves policiers. Ces policiers, dans un océan d’oisiveté n’ont trouvé mieux à faire que de jouer aux cartes. Peut-être joueront- ils un jour le joker de la construction d’amphis !


L’un des consensus qui avaient permis la reprise des cours en septembre était la promesse faite aux enseignants de liquider leurs dettes sociales qui traînent depuis 2005. Lassés d’attendre une promesse qui ne s’accomplit pas, les enseignants ont mis leur menace en exécution. Ils suspendent la correction des copies de la deuxième session des examens de 2007-2008, et  refusent de délibérer tant que la dette sociale n’est pas entièrement payée.

Selon leur syndicat en l’occurrence le SYNADEC, une fin heureuse de l’année universitaire 2007-2008 n’est possible qu’à la condition que la dette sociale soit épongée. En outre les enseignants exigent la revalorisation des salaires dans les meilleurs délais pour rasséréner les esprits et permettre la reprise des activités académiques. Selon eux, la rentrée universitaire 2008-2009 dépend de la satisfaction du point de leur plate-forme relatif à la revalorisation de leur statut et à l’augmentation de leurs salaires.

La rentrée académique 2008 – 2009 qui était prévue pour le 1er décembre est donc remise aux calendes grecques. Et encore une fois de plus, le temple du savoir replonge dans sa léthargie. Combien de temps cela durera ?

Le retard qu’accuse l’université de Ouagadougou est considérable. De l’avis du syndicat national autonome des enseignants chercheurs, il faudra des décennies pour rattraper ce retard. Des décennies. Mais personne ne semble s’en inquiéter. Même pas le peuple, occupé qu’il est à gérer son quotidien de vie chère.
La jeunesse est le fer de lance de toute société.
Aucun développement durable n’est envisageable sans les études supérieures, la recherche.
L’université de Ouagadougou abrite plus de cinquante mille (50 000) jeunes.
Alors nous sommes sur la bonne voie. Du "regrès" continu.

Koundjoro Gabriel KAMBOU
http://gabilyd.blog4ever.com


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Transmis de Ouaga par notre ami Gabriel


DIXIEME ANNIVERSAIRE DE L’ASSASSINAT DE NORBERT ZONGO

Le peuple burkinabè toujours déterminé pour la justice


13 décembre 1998 – 13 décembre 2008. Cela fait aujourd’hui une décennie que notre confrère Norbert Zongo, alors directeur de publication de l’hebdomadaire l’ "Indépendant" mourrait sous les balles assassines et les feux de ses bourreaux. Au lendemain de cette date fatidique, comme un seul homme, le peuple burkinabè se leva pour réclamer la lumière sur cet ignoble assassinat et mettre un terme à ces barbaries. C’était le printemps du "Si tu fais on te fait et puis il n’y a rien. " Crime politique aux ramifications complexes, l’enquête sur cette affaire conduit à l’inculpation de six suspects sérieux, tous membres de la garde présidentielle. En juillet 2006 le juge en charge du dossier prononce un non- lieu en faveur du principal suspect, l’adjudant Marcel Kafando. Dossier classé ? A ce dixième anniversaire funeste, le peuple burkinabè a parlé. Une mobilisation sans précédent. Dix ans après. Sous un soleil de plomb. Même détermination, même vigueur, même message, même objectif. Vérité et justice pour Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune.

Il est environ 9h du matin quand nous arrivons à l’ancienne place de la révolution. La place se remplissait déjà de monde. A l’arrivée des leaders de la marche la file s’ébranle. Des pancartes à l’effigie de Norbert Zongo, des tee- shirts des messages réclamant justice et/ ou la réouverture du dossier Norbert Zongo. Elèves, étudiants, politiques, commerçants, femmes, fonctionnaires, toutes les sensibilités formaient en ce jour un seul corps pour la même cause. Au cours de la marche, un acte symbolique sera posé : l’avenue de la nation est rebaptisée, Avenue Norbert Zongo.

Pour Jean-François Julliard, nouveau secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), il est important que l’une des grandes avenues de Ouagadougou soit rebaptisée du nom de Norbert Zongo, l’un de ces meilleurs journalistes, l’une de ces plumes les plus critiques, les plus virulentes qui a disparu il ya dix ans. C’est un symbole fort pour rendre hommage à Norbert Zongo. M. Julliard a salué la forte mobilisation pour le dixième anniversaire du drame de Sapouy.

Après ce baptême de rue, les marcheurs  passeront par les avenues du Temple, Houari Boumédienne, et Bassawarga. Tout au long de la marche, l’animation ne sera pas de tout repos. Les marcheurs scandent des slogans, des chants tels « le renard passe, chacun à son tour chez le tueur Compaoré, vérité et justice pour Norbert Zongo ». La sécurité des leaders du collectif est assurée par une haie humaine. D’autres éléments de la sécurité contrôlent la file afin d’éviter les infiltrations. Rien n’est laissé au hasard. Aux environs de 10h le cortège prend la direction de la place de la nation en passant par la BCEAO. De loin la vue présente une place de la nation presque pleine.
La mobilisation est de taille. On se croirait aux premières heures de la crise consécutive à l’assassinat  de Norbert et de ses compagnons d’infortune. Combien de personnes sont sorties pour la commémoration de ce 10è anniversaire funeste ? Difficile d’évaluer. À la place de la nation, il est prévu un concert des artistes unis pour Norbert Zongo qui ont sorti un album  « Norbert Zongo dossier classé ? » Un concentré d’artistes engagés et aux talents confirmés, adulés au delà des frontières du continent africain. L’animation est brillamment assurée par le conseiller spirituel de Tiken Jah Facoly. Mohamed Bathily, alias Ras Bath, juriste de formation, à la culture rastafarienne très poussée, un DJ aux talents hors pair.
Avant le concert, trois sont prononcés. Le président du collectif Chrisogome Zougmoré a fait le bilan des dix années de lutte du collectif. Reporters sans frontières et le représentant de l’association Survie de France ont livré leurs messages de soutien pour la cause. C’est la chorale du collectif qui donne le ton du concert avec des chants pleins d’émotions et de messages à décrypter. « Nous cherchons la lumière depuis un certain temps, mais on nous sert la nuit comme si nous étions con. Mais qu’il pleuve ou qu’il neige, ce que nous ne savions pas, nous le saurons un jour. » ou encore « je cherche quelque chose que je vois… »
La foule explose. Mains en l’air, balançant dans tous les sens et exprimant le message de l’amour, de la solidarité, bref le message d’une famille unie, mobilisée et déterminée pour l’atteinte de l’objectif. Après la chorale, Slam, le crieur public Sana Bob, Faso Kombat, puis Smockey. Il est midi 30, le soleil est bien fixé au zénith et fait sentir la vigueur de ses rayons ; mais le DJ lance : « Ce soleil est plein d’amour et de justice. Il ne brûle pas, il caresse. » Le public approuve par des applaudissements bien nourris qui accueillent le Jah Sam’s K sur le podium. « Que la paix et l’amour de Dieu repose sur vous. J’ai jeûné aujourd’hui pour Norbert Zongo, mais aussi pour ses assassins, car ils n’ont pas reçu la visite de Dieu. », lance Sam’s K. il entonne avec le public, l’hymne national du Burkina Faso. Son titre Rasta au pays des merveilles, le public est en extase. La tribune officielle également. Chacun y va de sa danse de combat. Il est 13h 10 quand on annonce l’apothéose du concert.
Tous les artistes unis pour Norbert Zongo sont sur le podium en dehors de Tiken, Awadi, Ismaël Isaac, Miss Safia, Nafrémy et Zêdess qui n’ont pas pu faire le déplacement. Ensemble avec les leaders du Collectif, ils ont dit merci au « Pays réel » sorti massivement dix ans après l’oblation de Norbert Zongo pour un Burkina de libertés et de droits. Dix ans après, le peuple burkinabè est loin d’oublier son héros. Il repose désormais et pour l’éternité, dans leur cœur qui est selon le DJ du concert, le meilleur tombeau de l’homme.


Aux dernières nouvelles, le lundi 15 décembre au matin, certains responsables du collectif en l’occurrence Me Bénéwendé Sankara, Chryzogone Zougmoré, Tolé Sagnon, Jean Claude Méda ont été convoqués à la gendarmerie pour être interrogés pour le fait qu’ils ont rebaptisé l’avenue de la nation en l’avenue Norbert Zongo.


 
Koundjoro Gabriel KAMBOU
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DISCOURS DE THOMAS SANKARA DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES

 

La Liberté se conquiert



Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies. La source de son discours ci-après est une brochure distribuée par la représentation du Burkina Faso auprès des Nations Unies.

 Monsieur le Président, Monsieur le secrétaire Général,

 Honorables représentants de la Communauté internationale

Je viens en ces lieux vous apporter le salut fraternel d’un pays de 274000 km², où sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes, refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim, de soif, tout en n’arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain, siégeant à l’ONU.

Je viens à cette Trente-neuvième session vous parler au nom d’un peuple qui, sur la terre de ses ancêtres, a choisi, dorénavant de s’affirmer et d’assumer son histoire, dans ses aspects positifs, comme dans ses aspects négatifs, sans complexe aucun.

Je viens enfin, mandaté par le Conseil National de la Révolution (CNR) du Burkina Faso, pour exprimer les vues de mon peuple concernant les problèmes inscrits à l’ordre du jour, et qui constituent la trame tragique des évènements qui fissurent douloureusement les fondements du monde en cette fin du vingtième siècle. Un monde où l’humanité est transformée en cirque, déchirée par les luttes entre les grands et les semi-grands, battue par les bandes armées, soumise aux violences et aux pillages. Un monde où des nations, se soustrayant à la juridiction internationale, commandent des groupes hors-la-loi, vivant de rapines, et organisant d’ignobles trafics, le fusil à la main.
 
Monsieur le Président
 
Je n’ai pas ici la prétention d’énoncer des dogmes. Je ne suis ni un messie ni un prophète. Je ne détiens aucune vérité. Ma seule ambition est une double aspiration : premièrement, pouvoir, en langage simple, celui de l’évidence et de la clarté, parler au nom de mon peuple, le peuple du Burkina Faso ; deuxièmement, parvenir à exprimer aussi, à ma manière, la parole du "Grand peuple des déshérités", ceux qui appartiennent à ce monde qu’on a malicieusement baptisé Tiers Monde. Et dire, même si je n’arrive pas à les faire comprendre, les raisons que nous avons de nous révolter.

Tout cela dénote de l’intérêt que nous portons à l’ONU, les exigences de nos droits y prenant une vigueur et la rigueur de la claire conscience de nos devoirs.

Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu".
Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques.
Reconnaître donc notre présence  au sein du Tiers Monde c’est, pour paraphraser José Marti, "affirmer que nous sentons sur notre joue tout coup donné à n’importe quel homme du monde". Nous avons jusqu’ici tendu l’autre joue. Les gifles ont redoublées.
Mais le cœur du méchant ne s’est pas attendri.
Ils ont piétiné la vérité du juste. Du Christ ils ont trahi la parole. Ils ont transformé sa croix en massue. Et après qu’ils se soient revêtus de sa tunique, ils ont lacéré nos corps et nos âmes. Ils ont obscurci son message. Ils l’ont occidentalisé cependant que nous le recevions comme libération universelle. Alors, nos yeux se sont ouverts à la lutte des classes. Il n’y aura plus de gifles.

Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre vingt années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture.
Du reste, tous les nouveaux "maîtres-à-penser" sortant de leur sommeil, réveillés par la montée vertigineuse de milliards d’hommes en haillons, effrayés par la menace que fait peser sur leur digestion cette multitude traquée par la faim, commencent à remodeler leurs discours et, dans une quête anxieuse, recherchent une fois de plus en nos lieu et place, des concepts-miracles, de nouvelles formes de développement pour nos pays.
Il suffit pour s’en convaincre de lire les nombreux actes des innombrables colloques et séminaires.

Loin de moi l’idée de tourner en ridicule les efforts patients de ces intellectuels honnêtes qui, parce qu’ils ont des yeux pour voir, découvrent les terribles conséquences des ravages imposés par lesdits "spécialistes" en développement dans le Tiers Monde.
La crainte qui m’habite c’est de voir les résultats de tant d’énergies confisquées par les Prospéro de tout genre pour en faire la baguette magique destinée à nous renvoyer à un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps.
Cette crainte se justifie d’autant plus que la petite bourgeoisie africaine diplômée, sinon celle du Tiers Monde, soit par paresse intellectuelle, soit plus simplement parce qu’ayant goûté au mode de vie occidental, n’est pas prête à renoncer à ses privilèges.
De ce fait, elle oublie que toute vraie lutte politique postule un débat théorique rigoureux et elle refuse l’effort de réflexion qui nous attend. Consommatrice passive et lamentable, elle se regorge de vocables fétichisés par l’Occident comme elle le fait de son whisky et de son champagne, dans ses salons à l’harmonie douteuse.
On recherchera en vain depuis les concepts de négritude ou d’"African Personality" marqués maintenant par les temps, des idées vraiment neuves issues des cerveaux de nos "grands" intellectuels. Le vocabulaire et les idées nous viennent d’ailleurs.
Nos professeurs, nos ingénieurs et nos économistes se contentent d’y adjoindre des colorants parce que, des universités européennes dont ils sont les produits, ils n’ont ramené souvent que leurs diplômes et le velours des adjectifs ou des superlatifs.
Il est nécessaire, il est urgent que nos cadres et nos travailleurs de la plume apprennent qu’il n’y a pas d’écriture innocente.
En ces temps de tempêtes, nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui, le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité.
Il faut, avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, que ces élites, ces hommes de l’Afrique, du Tiers Monde, reviennent à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur société, à la misère dont nous avons hérité pour comprendre non seulement que la bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine, mais qu’ils peuvent devenir crédibles sur le plan international, qu’en inventant réellement, c’est-à-dire, en donnant de leurs peuples une image fidèle. Une image qui leur permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptibles de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos Etats à la seule perspective de la faillite.

C’est ce que nous avons perçu, nous, peuple burkinabè, au cours de cette nuit du 4 août 1983, aux premiers scintillements des étoiles dans le ciel de notre Patrie. Il nous fallait prendre la tête des jacqueries qui s’annonçaient dans les campagnes affolées par l’avancée du désert, épuisées par la faim et la soif et délaissées.
Il nous fallait donner un sens aux révoltes grondantes des masses urbaines désoeuvrées, frustrées et fatiguées de voir circuler les limousines des élites aliénées qui se succédaient à la tête de l’Etat et qui ne leur offraient rien d’autre que les fausses solutions pensées et conçues par les cerveaux des autres. Il nous fallait donner une âme idéologique aux justes luttes de nos masses populaires mobilisées contre l’impérialisme monstrueux. 
A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer pour toujours la révolution, lutte éternelle contre la domination.

D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point " le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche".

Dans le cas de l’ex Haute Volta, le processus était encore plus exemplaire. Nous étions la condensation magique, le raccourci de toutes les calamités qui ont fondu sur les pays dits "en voie de développement". Le témoignage de l’aide présentée comme la panacée et souvent trompetée, sans rime ni raison, est ici éloquent. Très peu sont les pays qui ont été comme le mien inondés d’aides de toutes sortes. Cette aide est en principe censée œuvrer au développement.
On cherchera en vain dans ce qui fut autrefois la Haute-Volta, les singes de ce qui peut relever d’un développement. Les hommes en place, soit par naïveté, soit par égoïsme de classe, n’ont pas pu on n’ont pas voulu maîtriser cet afflux extérieur, en saisir la portée et exprimer des exigences dans l’intérêt de notre peuple

Analysant un tableau publié en 1983 par le Club du Sahel, Jacques Giri dans son ouvrage "Le Sahel Demain", conclut avec beaucoup de bon sens que l’aide au Sahel, à cause de son contenu et des mécanismes en place, n’est qu’une aide à la survie. Seuls, souligne-t-il, 30 pour cent de cette aide permet simplement au Sahel de vivre. Selon Jacques Giri, cette aide extérieure n’aurait d’autres buts que de continuer à développer les secteurs improductifs, imposant des charges intolérables à nos petits budgets, désorganisant nos campagnes, creusant les déficits de notre balance commerciale, accélérant notre endettement.

Juste quelques clichés pour présenter l’ex Haute-Volta :

- 7 millions d’habitants, avec plus de 6 millions de paysannes et de paysans
- Un taux de mortalité infantile estimé à 180 pour mille
- Une espérance de vie se limitant à 40 ans
- Un taux d’analphabétisme allant jusqu’à 98 pour cent, si nous concevons l’alphabétisé comme celui qui sait lire, écrire et parler une langue.
- Un médecin pour 50000 habitants
- Un taux de scolarisation de 16 pour cent
- et enfin un produit intérieur brut par tête d’habitant de 53356 francs CFA soit à peine plus de 100 dollars.

Le diagnostic à l’évidence, était sombre. La source du mal était politique. Le traitement ne pouvait qu’être politique.

Certes nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide. Mais en général, la politique d’assistance et d’aide n’a abouti qu’à nous désorganiser, à nous asservir, à nous déresponsabiliser dans notre espace économique, politique et culturel.

Nous avons choisi de risquer de nouvelles voies pour être plus heureux. Nous avons choisi de mettre en place de nouvelles techniques.

Nous avons choisi de rechercher des formes d’organisation mieux adaptées à notre civilisation, rejetant de manière abrupte et définitive toutes sortes de diktats extérieurs, pour créer ainsi les conditions d’une dignité à la hauteur de nos ambitions. Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’une régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. 
Tel est notre programme politique.
Au plan de la gestion économique, nous apprenons à vivre simplement, à accepter et à nous imposer l’austérité afin d’être à même de réaliser de grands desseins.

Déjà, grâce à l’exemple de la Caisse de solidarité nationale, alimentée par des contributions volontaires, nous commençons à répondre aux cruelles questions posées par la sécheresse. Nous avons soutenu et appliqué les principes d’Alma-Ata en élargissant le champ des soins de santé primaires. Nous avons fait nôtre, comme politique d’Etat, la stratégie du GOBI FFF, préconisée par l’UNICEF.

Par l’intermédiaire de l’Office du Sahel des Nations Unies (OSNU), nous pensons que les Nations unies devraient permettre aux pays touchés par la sécheresse la mise sur pied d’un plan moyen et long termes afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire.

Pour préparer le vingt et unième siècle, nous avons, par la création d’une tranche spéciale de la Tombola, "Instruisons nos enfants", lancé une campagne immense pour l’éducation et la formation de nos enfants dans une école nouvelle. Nous avons lancé à travers l’action salvatrice des Comités de Défense de la Révolution un vaste programme de construction de logements sociaux, 500 en trois mois, de routes, de petites retenues d’eau etc… Notre ambition économique est d’œuvrer pour que le cerveau et les bras de chaque burkinabè puissent au moins lui servir à inventer et à créer de quoi s’assurer deux repas par jour et de l’eau potable.

Nous jurons, nous proclamons, que désormais au Burkina Faso, plus rien ne se fera sans la participation des burkinabè. Rien qui n’ait été au préalable décidé par nous, élaboré par nous. Il n’y aura plus d’attentat à notre pudeur et à notre dignité.

Forts de cette certitude, nous voudrions que notre parole s’élargisse à tous ceux qui souffrent dans leur chair, tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité d’homme par un minorité d’hommes ou par un système qui les écrase.

Permettez, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé mais également au nom de tous ceux qui ont mal quelque part.

Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire ou qu’ils sont de culture différente et bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal. 

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves afin qu’ils n’aspirent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur. 

Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjoncturellement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis. 

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Pour ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabè. En retour, nous donnons en partage à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil de l’État et de la vie sociale au Burkina Faso.
Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis, qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe, pour les sauver, des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou d’hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à vous donner, non, plutôt à nous donner, à nous autres du Sahel, le vertige.
Ces moyens simples recommandés par l’OMS et l’UNICEF, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre, qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une vitre épaisse. La vitre défendue par une grille infranchissable. 
Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier, placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que représentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.
Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteur, musiciens, acteurs), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitations de show-business. 

Je crie au nom des journalistes qui sont réduits soit au silence, soit au mensonge pour ne pas subir les dures lois du chômage.
Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage modernes.

Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de nos luttes. C’est pourquoi je vibre naturellement au nom des malades qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons.
Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions d’hommes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la faim.

Militaire, je ne peux oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort. 

Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde en quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les Palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple : avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes. 

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Irak, qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui, en Amérique latine, souffrent de la mainmise impérialiste. 

Je veux être aux côtés des peuples afghan et irlandais, aux côtés des peuples de Grenade et de Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par la dignité et les lois de sa culture. 

Je m’élève ici au nom des tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement. Sur cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi.

Mais seuls quelques uns feront la décision. Pourtant nous sommes officiellement présentés comme égaux. Eh bien, je me fais le porte voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre. Oui je veux donc parler au nom de tous les "laissés pour compte" parce que "je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger".

Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’Humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers Monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde.
Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire.

Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de la non-ingérence des Européens dans les affaires américaines et des Américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823, « L’Amérique aux Américains », nous le reprenons en disant « l’Afrique aux Africains », « Le Burkina aux Burkinabè ». La Révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme, nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté. La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française. 

Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduits à de tragiques manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution, que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.
 
Monsieur les Président,

Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :

- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,
- si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
- si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

Le Nouvel Ordre Economique international s’inscrit tout simplement, à côté de tous les autres droits des peuples, droit à l’indépendance, au libre choix des formes et de structures de gouvernement, comme le droit au développement. Et comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte de la générosité d’une puissance quelconque. 

Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de boutoir de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer son pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi les nations et commencer, de concert avec ceux qu peuvent encore nous entendrez, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.
 
Monsieur le Président,

Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que malgré les critiques qui lui sont adressées par certains grands contributeurs, les Nations Unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix.

C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre Secrétaire général lorsqu’il écrit :

"L’organisation des Nations Unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et gouvernements du monde entier. Un de ses grands mérites est que toutes les Nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de l’injustice, (il s’agit de nous), peuvent, même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations Unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prisé, mais il n’en est pas moins essentiel".

On ne peut mieux définir le sens et la portée de l’Organisation.

Aussi est-il, pour chacun de nous, un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence, les propositions faîtes à cette fin par le Secrétaire Général, pour sortir l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.
 
Monsieur le Président,

Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation burkinabè salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation : l’Etat du Brunei Darussalam.

C’est la déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde es tombée par le hasard des choses qui fait l’obligation au Mouvement des pays non alignés, auquel je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darussalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte, le combat pour le désarmement qui est un des aspects essentiels et une condition première de notre droit au développement.

Il faut, à notre avis des études sérieuses prenant en compte tous les éléments qui ont conduit aux calamités qui ont fondu sur le monde. A ce titre, le Président Fidel Castro en 1979, a admirablement exprimé notre point de vue à l’ouverture du sixième sommet des Pays non alignés lorsqu’il déclarait : 

"Avec 300 milliards de dollars, on pourrait construire en un an 600000 écoles pouvant recevoir 400 millions d’enfants ; ou 60 millions de logements confortables pour 300 millions de personnes ; ou 30000 hôpitaux équipés de 18 millions de lits ; ou 20000 usines pouvant employer plus de 20 millions de travailleurs ou irriguer 150 millions d’hectares de terre qui, avec les moyens techniques adéquats pourraient alimenter un milliard de personnes…"

En multipliant aujourd’hui ce chiffre par 10, je suis certainement en deçà de la réalité, on réalise ce que l’Humanité gaspille tous les ans dans le domaine militaire, c’est-à-dire contre la paix.

On perçoit aisément pourquoi l’indignation des peuples se transforme rapidement en révolte et en révolution devant les miettes qu’on leur jette sous la forme ignominieuse d’une certaine "aide", assortie de conditions parfois franchement abjectes.

On comprend enfin pourquoi dans le combat pour le développement, nous nous désignons comme des militants inlassables de la paix.

Nous faisons le serment de lutter pour atténuer les tensions, introduire les principes d’une vie civilisée dans les relations internationales et les étendre à toutes les parties du monde. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons assister  passifs, au trafic des concepts.

Nous réitérons notre résolution d’être des agents actifs de la paix ; de tenir notre place dans le combat pour le désarmement ; d’agir enfin dans la politique internationale comme le facteur décisif, libéré de toute entrave vis-à-vis de toutes les grandes puissances, quels que soient les projets de ces dernières.

Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome.

Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable _ oui, le plus lamentable_ est détenu au Moyen Orient en termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement par un petit pays, Israël, qui, depuis, plus de vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur les Etats-Unis, continue à défier la communauté internationale.

Au mépris d’une histoire qui hier encore, désignait chaque Juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.

Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune, notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine parce que nous savons qu’il n’y a pas de souffrance sans fin.
 
Monsieur, le Président,

Analysant la situation qui prévaut en Afrique sur les plans économique et politique, nous ne pouvons pas ne pas souligner les graves préoccupations qui sont les nôtres, face aux dangereux défis lancés aux droits des peuples par certaines nations qui, sûres de leurs alliances, bafouent ouvertement la morale internationale.

Certes, nous avons le droit de nous réjouir de la décision de retrait des troupes étrangères au Tchad, afin que le Tchadiens entre eux, sans intermédiaire, cherchent les moyens de mettre fin à cette guerre fratricide, et donner enfin à ce peuple qui n’en finit pas de pleurer depuis de nombreux hivernages, les moyens de sécher ses larmes.

Mais, malgré les progrès enregistrés çà et là par les peuples africains dans leur lutte pour l’émancipation économique, notre continent continue de refléter la réalité essentielle des contradictions entre les grandes puissances, de charrier les insupportables apories du monde contemporain.

C’est pourquoi nous tenons pour inadmissible et condamnons sans recours, le sort fait au peuple du Sahara Occidental par le Royaume du Maroc qui se livre à des méthodes dilatoires pour retarder l’échéance qui, de toute façon, lui sera imposée par la volonté du peuple sahraoui.

Pour avoir visité personnellement les régions libérées par le peuple sahraoui, j’ai acquis la confirmation que plus rien désormais ne saurait entraver sa marche vers la libération totale de son pays, sous la conduite et éclairée du Front Polisario.

Monsieur le Président,

Je ne voudrais pas trop m’étendre sur la question de Mayotte et des îles de l’Archipel malgache. Lorsque les choses sont claires, lorsque les principes sont évidents, point n’est besoin d’élaborer. Mayotte appartient aux Comores. Les îles de l’archipel sont malgaches.

En Amérique Latine, nous saluons l’initiative du Groupe de Contadora, qui constitue une étape positive dans la recherche d’une solution juste à la situation explosive qui y prévaut. Le commandant Daniel Ortega, au nom du peuple révolutionnaire du Nicaragua a fait ici des propositions concrètes et posé des questions de fond à qui de droit. Nous attendons de voir la paix s’installer dans son pays et en Amérique Centrale, le 15 octobre prochain et après le 15 octobre et nous prenons à témoin l’opinion publique mondiale.

De même que nous avons condamné l’agression étrangère de l’île de Grenade, de même nous fustigeons toutes les interventions étrangères. C’est ainsi que nous ne pouvons pas nous taire face à l’intervention militaire en Afghanistan. 

Il est cependant un point, mais dont la gravité exige de chacun de nous une explication franche et décisive. Cette question, vous vous en doutez, ne peut qu’être celle de l’Afrique du Sud. L’incroyable insolence de ce pays à l’égard de toutes les nations du monde, même vis-à-vis de celles qui soutiennent le terrorisme qu’il érige en système pour liquider physiquement la majorité noire de ce pays, le mépris qu’il adopte à l’égard de toutes nos résolutions, constituent l’une des préoccupations les plus oppressantes du monde contemporain.

Mais le plus tragique, n’est pas que l’Afrique du Sud se soit elle-même mise au banc de la communauté internationale à cause de l’abjection des lois de l’apartheid, encore moins qu’elle continue de maintenir illégalement la Namibie sous la botte colonialiste et raciste, ou de soumettre impunément ses voisins aux lois du banditisme.

Non, le plus abject, le plus humiliant pour la conscience humaine, c’est qu’elle soit parvenue à "banaliser" le malheur de millions d’êtres humains qui n’ont pour se défendre que leur poitrine et l’héroïsme de leurs mains nues. Sûre de la complicité des grandes puissances et de l’engagement actif de certaines d’entre elles à ses côtés, ainsi que de la criminelle collaboration de quelques tristes dirigeants de pays africains, la minorité blanche ne se gêne pas pour ridiculiser les états d’âme de tous les peuples, qui, partout à travers le monde, trouvent intolérable la sauvagerie des méthodes en usage dans ce pays.

Il fut un temps où les brigades internationales se constituaient pour aller défendre l’honneur des nations agressées dans leur dignité. Aujourd’hui, malgré la purulence des plaies que nous portons tous à nos flancs, nous allons voter des résolutions dont les seules vertus, nous dira-t-on, seraient de conduire à résipiscence une Nation de corsaires qui "détruit le sourire comme le grêle due le fleurs".
 
Monsieur le Président, 

Nous allons bientôt fêter le cent cinquantième anniversaire de l’émancipation des esclaves de l’Empire britannique.

Ma délégation souscrit à la proposition des pays d’Antigua et de la Barbade de commémorer avec éclat cet événement qui revêt, pour les pays africains et le monde noir, une signification d’une très grande importance. Pour nous, tout ce qui pourra être fait, dit ou organisé à travers le monde au cours des cérémonies commémoratives devra mettre l’accent sur le terrible écot payé par l’Afrique et le monde noir, au développement de la civilisation humaine. Ecot payé sans retour et qui explique, sans aucun doute, les raisons de la tragédie d’aujourd’hui sur notre continent.

C’est notre sang qui a nourri l’essor du capitalisme, rendu possible notre dépendance présente et consolidé notre sous-développement. On ne peut plus escamoter la vérité, trafiquer les chiffres. Pour chaque Nègre parvenu dans les plantations, cinq au moins connurent la mort ou la mutilation. Et j’omets à dessein, la désorganisation du continent et les séquelles qui s’en sont suivies.
 
Monsieur le Président, 

Si la terre entière, grâce à vous, avec l’aide du Secrétaire Général, parvient à l’occasion de cet anniversaire à se convaincre de cette vérité-là, elle comprendra pourquoi, avec toute la tension de notre être, nous voulons la paix entre les nations, pourquoi nous exigeons et réclamons notre droit au développement dans l’égalité absolue, par une organisation et une répartition des ressources humaines.

C’est parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, que nous nous sommes jurés, nous burkinabè, de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre, le moindre déni de justice. C’est le souvenir de la souffrance qui nous place aux côtés de l’OLP contre les bandes armées d’Israël. 

C’est le souvenir de cette souffrance qui, d’une part, nous fait soutenir l’ANC et la SWAPO, et d’autre part, nous rend intolérable la présence en Afrique du Sud des hommes qui se disent blancs et qui brûlent le monde à ce titre. C’est enfin ce même souvenir qui nous fait placer l’Organisation des Nations Unies toute notre foi dans un devoir commun, dans un tâche commune pour un espoir commun.

Nous réclamons :

- Que s’intensifie à travers le monde la campagne pour la libération de Nelson Mandela et sa présence effective à la prochaine Assemblée générale de l’ONU comme une victoire de fierté collective.
- Que soit créé en souvenir de nos souffrances et au titre de pardon collectif un Prix international de l’Humanité réconciliée, décerné à tous ceux qui par leur recherche auraient contribué à la défense des droits de l’homme.
- Que touts les budgets de recherches spatiales soient amputés de 1/10000e et consacrés à des recherches dans le domaine de la santé et visant à la reconstitution de l’environnement humain perturbé par tous ces feux d’artifices nuisibles à l’écosystème.

Nous proposons également que les structures des Nations Unies soient repensées et que soit mis fin à ce scandale que constitue le droit de veto. Bien sûr, les effets pervers de son usage abusif sont atténués par la vigilance de certains de ses détenteurs. Cependant, rien ne justifie ce droit : ni la taille des pays qui le détiennent ni les richesses de ces derniers.

Si l’argument développé pour justifier une telle iniquité est le prix payé au cours de la guerre mondiale, que ces nations, qui se sont arrogé ces droits, sachent que nous aussi nous avons chacun un oncle ou un père qui, à l’instar de milliers d’autres innocents arrachés au Tiers Monde pour défendre les droits bafoués par les hordes hitlériennes, porte lui aussi dans sa chair les meurtrissures des balles nazies. Que cesse donc l’arrogance des grands qui ne perdent aucune occasion pour remettre en cause le droit des peuples.

L’absence de l’Afrique du Club de ceux qui détiennent le droit de veto est une injustice qui doit cesser.

Enfin ma délégation n’aurait pas accompli tous ses devoirs si elle n’exigeait pas la suspension d’Israël et le dégagement pur et simple de l’Afrique du Sud de notre organisation. Lorsque, à la faveur du temps, ces pays auront opéré la mutation qui les introduira dans la Communauté internationale, chacun de nous nous, et mon pays en tête, devra les accueillir avec bonté, guider leur premier pas. 

Nous tenons à réaffirmer notre confiance en l’Organisation des Nations Unies. Nous lui sommes redevables du travail fourni par ses agences au Burkina Faso et de la présence de ces dernières à nos côtés dans les durs moments que nous t traversons.

Nous sommes reconnaissants aux membres du Conseil de Sécurité de nous avoir permis de présider deux fois cette année les travaux du Conseil.
Souhaitons seulement voir le Conseil admettre et appliquer le principe de la lutte contre l’extermination de 30 millions d’êtres humains chaque année, par l’arme de la faim qui, de nos jours, fait plus de ravages que l’arme nucléaire.

Cette confiance et cette foi en l’Organisation me fait obligation de remercier le Secrétaire général, M. Xavier Pérez de Cuellar, de la visite tant appréciée qu’il nous a faite pour constater, sur le terrain, les dures réalités de notre existence et se donner une image fidèle de l’aridité du Sahel et la tragédie du désert conquérant.

Je ne saurai terminer sans rendre hommage aux éminentes qualités de notre Président (Paul Lusaka de Zambie) qui saura, avec la clairvoyance que nous lui connaissons, diriger les travaux de cette Trente-neuvième session.

Monsieur le Président, 

J’ai parcouru des milliers de kilomètres. Je suis venu pour demander à chacun de vous que nous puissions mettre ensemble nos efforts pour que cesse la morgue des gens qui n’ont pas raison, pour que s’efface le triste spectacle des enfants mourant de faim, pour que disparaisse l’ignorance, pour que triomphe la rébellion légitime des peuples, pour que se taise le bruit des armes et qu’enfin, avec une seule et même volonté, luttant pour la survie de l’Humanité, nous parvenions à chanter en chœur avec le grand poète Novalis :

"Bientôt les astres reviendront visiter la terre d’où ils se sont éloignés pendant nos temps obscurs ; le soleil déposera son spectre sévère, redeviendra étoile parmi les étoiles, toutes les races du monde se rassembleront à nouveau, après une longue séparation, les vieilles familles orphelines se retrouveront et chaque jour verra de nouvelles retrouvailles, de nouveaux embrassement ; alors les habitants du temps jadis reviendront vers la terre, en chaque tombe se réveillera la cendre éteinte, partout brûleront à nouveau les flammes de la vie, le vieilles demeures seront rebâties, les temps anciens se renouvelleront et l’histoire sera le rêve d’un présent à l’étendue infinie".

La Patrie ou la mort, nous vaincrons ! 

Je vous remercie.

Thomas SANKARA - discours à la 39e Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, 4 octobre 1984.

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Exposé du Chef Guaipuro Cuauhtémoc  devant la réunion des Chefs d'Etat  de la Communauté Européenne

Un chef indien aztèque s'adresse aux gouvernements européens 

LA VÉRITABLE DETTE EXTÉRIEURE N'EST PAS CELLE QUE VOUS CROYEZ
Un chef indien aztèque s'adresse aux gouvernements européens pour leur réclamer le paiement d'une dette contractée il y a 500 ans... par Guaipuro Cuauhtémoc

Eh bien me voici, moi, Guaipuro Cuauhtémoc, descendant des peuples qui, il y a 40.000 ans, peuplaient l'Amérique. Je suis venu à la rencontre de ceux qui l'ont « découverte » il y a 500 ans. Voici donc que nous nous rencontrons tous : nous savons qui nous sommes.

Mon frère douanier européen me réclame un papier écrit avec un visa pour pouvoir découvrir ceux qui m'ont découvert autrefois. Mon frère usurier européen me réclame le paiement d'une dette contractée par Judas - quelqu'un que je n'ai, en vérité, jamais mandaté. Mon frère usurier européen m'explique que toute dette se paie avec des intérêts, quand bien même il faudra pour cela vendre des êtres humains et des pays entiers sans leur demander leur consentement. Et voilà, moi je les découvre.

Moi aussi je peux réclamer mon dû, moi aussi je peux réclamer des intérêts. Les Archives des Indes font état, avec force papiers, force reçus et force signatures, de ce que, entre les seules années 1503 et 1660, sont arrivés à San Lucar de Barrameda (Espagne), 185.000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent, en provenance d'Amérique. Pillage ? Cela ne me viendrait pas à l'idée ! Ce serait penser que nos frère chrétiens ne respectent pas leur septième commandement. Spoliation ? Dieu me garde d'aller imaginer que les Européens, à l'image de Caïn, tuent puis dissimulent le sang de leur frère ! Génocide ? Ce serait là accorder du crédit à des calomniateurs comme Bartolomé de Las Casas et tous ceux qui ont qualifié la rencontre de « destruction des Indes », ou à des extrémistes comme le Dr Arturo Pietri, qui affirme que l'essor du capitalisme et de la civilisation européenne actuelle est le fruit de l'innondation en métaux précieux que vous, mes frères européens, avez arrachés des mains de ceux qui, en Amérique, sont aussi mes frères !

Non ! Ces 185.000 kilos d'or et ces 16 millions de kilos d'argent doivent être considérés comme le premier d'entre les divers prêts à l'amiable consentis en Amérique en faveur du développement de l'Europe. Penser le contraire reviendrait à établir l'existence de crimes de guerre, ce qui ouvrirait le droit à exiger non seulement le remboursement immédiat, mais même une indemnisation pour dommages et préjudices. Moi, Guaipuro Cuauhtémoc, je préfère croire en l'hypothèse la moins offensante à l'égard de mes frères européens. Des exportations de capitaux aussi fabuleuses n'ont été rien d'autre que la mise en place d'un Plan Marshall-tézuma pour garantir la reconstruction de la barbare l'Europe ruinée par ses guerres déplorables contre les musulmans cultivés, défenseurs de l'algèbre, de l'architecture, du bain quotidien et autres apports supérieurs de la civilisation.

Voilà pourquoi, passé ce cinquième centenaire du « Prêt », nous sommes en droit de nous poser des questions : nos frères européens ont-ils fait une utilisation rationnelle, responsable ou tout au moins productive des ressources si généreusement avancées par le Fonds indo-américain international ?

Nous sommes au regret de répondre non. Du point de vue stratégique, ils les ont dilapidées en batailles de Lépante, Invincible Armada, IIIe Reich et autres formes d'extermination mutuelle. Du point de vue financier, au terme d'un moratoire de 500 ans, ils se sont montrés tout aussi incapables de régler le capital et intérêts que de se passer des rentes monétaires, des matières premières et de l'énergie bon marché en provenance du tiers-monde.

L'affirmation de Milton Friedman, selon laquelle une économie assistée ne pourra jamais fonctionner, vient corroborer ce tableau déplorable et nous oblige à leur réclamer - pour leur propre bien - le paiement du capital et des intérêts, généreusement repoussé de siècle en siècle.

Il est bien clair, toutefois, que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les taux - odieux et cruels - de 20% et jusqu'à 30%, que nos frères européens font payer aux peuples du tiers-monde. Nous nous limiterons à exiger la restitution des métaux précieux avancés, plus un modique intérêt fixe de 10% par an, intérêt calculé sur les 300 dernières années. Sur cette base, et en application de la formule européenne de l'intérêt cumulé, nous informons nos découvreurs qu'ils ne nous doivent, au titre d'un premier paiement de leur dette, qu'une quantité de 185.000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent, chacune d'elle élevée à la puissance 300. C'est-à-dire un nombre qui, s'il fallait l'exprimer, ferait appel à plus de 300 chiffres et dont le poids dépasserait largement celui de la Terre.

Comme elles pèsent, ces masses d'or et d'argent ! Que pèseraient-elles si on calculait leur équivalent en sang ? Alléguer que l'Europe, en un demi-millénaire, n'est pas parvenue à générer des richesses suffisantes pour régler ce modique intérêt reviendrait à admettre son échec financier absolu et/ou l'irrationalité démentielle des présupposés du capitalisme. Il est vrai que nous ne nous soucions pas, nous les Indo-Américains, de telles questions métaphysiques. Mais, ça oui, nous exigeons la signature immédiate d'une lettre d'intention qui impose une discipline aux peuples endetté du Vieux Continent et les oblige à remplir leurs engagements par une privatisation ou une reconversion rapide de l'Europe, afin que cette Europe nous soit livrée tout entière au titre du premier règlement d'une dette historique.

Les pessimistes du Vieux Monde affirment que leur civilisation est en pleine banqueroute et que cela les empêche de remplir leurs engagements financiers et moraux. Si tel était le cas, nous nous contenterions de recevoir en paiement la balle avec laquelle ils ont tué le poète. Mais ce ne sera pas possible : cette balle est le coeur de l'Europe.

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« Carta a las Iglesias », San Salvador. Traduit et publié par DIAL, Diffusion de l'information sur l'Amérique latine.



source : http://survie67.free.fr/amerique/indiens.htm

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L’Hégire comme destin et la Futuwwa comme chemin
Par Mohammed Taleb
jeudi 7 juillet 2005


Réenchantement du monde et Nomadisme de l’Ame arabo-musulmane

« L’envoyé de Dieu a dit : « Marchez ! Les esseulés arriveront les premiers ! »
On lui demanda : « O envoyé de Dieu ! qu’est-ce que les esseulés ? »
Il répondit : « Ce sont les « frémisseurs », qui frémissent à la pensée de Dieu ; la pensée de Dieu enlèvera leurs fardeaux, de sorte qu’ils viendront légers au Jour de la Résurrection. »
Hadith prophétique

« La futuwwa est l’émigration vers Dieu de tout son cœur et de tout son être, ainsi que nous le rapporte Dieu Lui-même - exalté soit-Il ! - Lot, donc, crut en Lui, et dit : « Oui, j’émigre vers mon seigneur ; c’est lui le Puissant, le Sage » (XXIX/26) »
Sulami

« Nous allons, tout un chacun, par les routes, par les chemins,
Pérégrinant au gré du vent, Dame Fortune nous guidant.
A son rythme va chacun, par les routes, par les chemins,
Au hasard des paysages en questionnant chaque image »
Chanson contemporaine de l’Ensemble médiéval Les Derniers trouvères


L’Hégire (hijra) n’est pas uniquement un événement de l’histoire de la première communauté (oumma) musulmane. 
Elle n’est pas seulement un épisode de la vie du Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui), un élément de sa biographie ; et il est triste de constater que souvent l’Hégire n’est compris que sous l’angle d’une historiographie qui prétend circonscrire et expliquer par des « faits objectifs » l’impulsion originelle de l’Islam. 
Ce que nous proposons ici, ne relève pas d’une explication de texte, mais veut être plutôt une sorte de méditation poétique d’un fait à la fois objectif et subjectif, historique et transcendantal, existentiel et essentiel.

Si nous prenons au sérieux les historiens de l’Islam, l’Hégire renvoie à la traversée du désert entre la Mecque et Yathrib (qui allait devenir al-Médina, la Ville !), dans la péninsule arabique, par le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui). 
On ne s’intéressera pas ici au contexte socio-politique de cet événement (la persécution par les marchands mecquois), mais à ceci : l’Hégire résonne dans notre propre conscience comme la métaphore vive de la nature profondément passagère de notre existence. 
L’Ame arabo-Musulmane, en se donnant comme destin le retour au Principe originel, à l’Un, se fait âme cheminante, âme pèlerinante. Notre intuition et que cette Ame est fidèle à son destin dans la mesure où elle se fait hégirienne.

Pèlerinage de l’Ame

Le voyage de l’Ame (qui devrait être celui de la Conscience de toute notre oumma et, au-delà, de toute communauté humaine) se déroule dans quatre directions : un espace et un temps objectifs, d’une part, et un espace et un temps subtils (au sens d’intérieur), d’autre part. L’Hégire désigne un mouvement dans un espace concret et, simultanément, un mouvement dans le temps concret. 
Est-ce un hasard, ou au contraire le signe d’une « Claire-conscience », d’une « Claire-voyance » de la oumma, si cet événement fût pris comme point de départ, espace d’envol, de la temporalité islamique : le calendrier musulman commence en 622 de l’ère chrétienne ! Mais, l’espace et le temps ne se réduisent pas à ces dimensions objectivables. 
L’espace-temps de la Création (khalq) est un cosmos vivant, véritable biodiversité d’images archétypales, de théophanies qui subtilement disent une profondeur et une légèreté, une altitude et amplitude. Ces images archétypales sont des signes qu’il nous faut lire. 
Nous sommes appelés, comme hégiriens, comme cheminants , comme pèlerins, à faire de nos vies des explorations de cet univers qualitatif qui, malheureusement, est souvent réduit à une collection de choses inanimées, séparées, fixes, désenchantées. 
La langue arabe dit merveilleusement, comme une Mère veilleuse, cette subtilité, cette profondeur qualitative de l’univers : ce que nous pourrions prendre, si notre conscience cessait d’être en quête, pour des choses qui sont en réalité des signes, des ayât. 
Or, ce terme désigne également les versets qui composent la parole divine telle qu’elle se révèle à travers le Coran. L’univers, comme espace-temps objectif et comme espace-temps transfiguré et signifiant, est un Coran cosmique.

Notre pèlerinage, dans nos existences, est une odyssée faite de lectures, d’interprétations, de psalmodies. L’humanité que nous habitons est une humanité littéraire et, dans la perception arabo-musulmane, une humanité poétique. 
Même si ce mot est du romantique allemand Holderlin, un Arabe et un Musulman se reconnaîtront pleinement dans cette vérité : il faut habiter le monde en poète  ! 
Là encore, la langue arabe dit une autre merveille : l’habitat, la maison, la demeure est dite bayt. Et ce mot désigne également le vers du poème.... 
Le pèlerin est un meddah, un maître du Conte. Mais, nous nous tromperions, si nous comprenions cette maison, ce bayt, comme lieu fixe. 
L’image qui nous vient à l’esprit est celle de la caravane. Le caravanier chaque nuit pose sa demeure dans un lieu différent et pourtant, à chaque fois, il y a au sein de la tente la même structure, le même ordre. Si l’ordre n’était pas dynamique, il serait rigidité. 
Et si le cheminement n’était pas ordonné, si le pèlerinage de l’âme n’était pas polarisé par cette quête de l’Un, il serait éparpillement, dispersement.

Au contraire, la philosophie islamique hégirienne nous propose une voie de réalisation spirituelle qui est une véritable écologie, extérieure et intérieure, une écologie des mondes aux alentours et des mondes dont les lieux sont situés dans notre propre profondeur. 
Et toujours, l’esprit qui guide à cette transhumance spirituelle est d’exploration et non de conquête. C’est d’ailleurs en explorant les mondes en vue de l’Un que nous pouvons maîtriser les énergies de la terre. Le contre-esprit de conquête, lui, tuera ces énergies. 
C’est d’ailleurs une discipline de la chevalerie spirituelle musulmane, la futuwwa, que de maîtriser les énergies du cimeterre et de la lance. La futuwwa se veut pratique du jihâd majeur, autrement dit d’un effort chevaleresque visant à stabiliser, d’une façon dynamique, notre âme.

De la filière de la futuwwa

Parmi toutes les institutions de la civilisation arabo-musulmane, celle de la futuwwa nous parle au cœur d’une façon toute particulière. Méconnue par la plupart des Arabes et Musulmans d’aujourd’hui, la futuwwa a pourtant, durant plus d’un millénaire, illuminée notre Moyen Age qui fut tout, sauf un âge moyen ! 
Ce terme renvoie à une racine de la langue arabe qui désigne la jeunesse : le fata est le jeune homme par excellence et cela bien avant la naissance de l’islam historique. Le Coran utilise le terme à propos d’Abraham, appelé également khalil Allah, l’Ami de Dieu.... (XXI/60). 
La futuwwa est le nom des grands mouvements de la jeunesse arabe et musulmane, notamment dans les grandes cités du Machreq, du Maghreb, de Perse, etc. Mais cette juvénilité est toute singulière car transcendantale, les qualités de cette jeunesse étant celles d’une chevalerie célestielle. La futuwwa est ainsi traduite par chevalerie.... 
L’idéal chevaleresque en islam n’est pas une pratique mortifère ou sombre. Le fata-chevalier  est un chevalier joyeux, car ses cheminements, ses pérégrinations, qui sont son existence même, le mènent à chaque fois à des aspects différenciés de l’unique Réalité, al-Haqiqa. 
Le spirituel Abû abd al-Rahmân ibn al-Husayn al-Sulami, qui vivait au Xème siècle, est l’auteur d’un traité mystique sur la futuwwa. On peut y lire ceci :

« La Futuwwah c’est avoir un sens de la convivialité et de savoir goûter à des relations joyeuses et amicales. Il nous a été rapporté d’après Husayn Ibn Zayd que celui-ci demanda à Ja’far Ibn Muhammed :

-  Puis-je donner une vie pour toi ! le Prophète avait-il l’habitude de plaisanter amicalement avec les autres ?

Il répondit :

-  Dieu l’a pourvu d’un caractère d’une extrême noblesse dans la façon même qu’il avait de plaisanter amicalement avec les autres. Dieu a envoyé Ses Prophètes et il y avait en chacun d’eux une certaine contrition. Puis il a envoyé Muhammad dont l’état était celui de la compassion et de la miséricorde. Un signe de compassion pour ceux de sa communauté consistait précisément dans le fait qu’il leur parlait d’une manière aimable et plaisante. » (Futuwwah. Traité de chevalerie soufie, Paris, éd. Albin Michel, 1989, traduit par Faouzi Skali, p. 58)


Il y a une relation d’intimité entre jeunesse, chevalerie, joie, noblesse de l’âme et les spirituels de l’islam citent souvent ce dit prophétique (hadith)  : 
« J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement ». 
Et parmi les qualités les plus importantes que la fata-chevalier doit pratiquer, est la générosité. Si la vie est un passage qui va de l’Origine vers le Vivant par excellence, alors le cheminement ne peut être que gratuit, sans compte, sans marchandage. 
Le don est ici lien social, fondement de l’amitié, élan vers la transcendance. Il faudrait lire, sur cette question, et sur la futuwwa en général, le très beau livre de Laila Khalifa, Ibn Arabi. 
L’initiation à la futuwwa (Paris-Beyrouth, éd. Albouraq, 2001).

La filière de la futuwwa fut incontestablement une filière de justice sociale : le don et la générosité se pratiquaient entre les frères, les amis de cette chevalerie, mais également dans l’espace public. 
C’est ainsi que la futuwwa renvoie également à l’institution des corporations de Métier, des guildes, dit autrement dit du compagnonnage et selon certains historiens, il est probable que nous avons là, l’une des sources du compagnonnage médiéval européen. 
Il existait des futuwwa d’artisans, d’arbalétriers, des archers, des courriers, de bâtisseurs de mosquées.

Jeunesse, chevalerie célestielle, compagnonnage, la futuwwa est un trésor de la civilisation arabo-musulmane et, dans la mesure, où la quête spirituelle qu’elle dynamise, qu’elle fertilise, est intimement liée à notre humanité, elle est éternelle et donc susceptible d’être encore vécue aujourd’hui. 
En fait, notre idée est plus radicale encore : la futuwwa ne doit pas être considérée comme une possibilité héritée d’un passé, certes glorieux, mais comme un impératif, une exigence, à la fois pour des raisons sociales et historiques et pour des raisons liées à la fitra de l’ »humain, sa nature première.

Futuwwa et réenchantement du Monde

 Nous disions en commençant ce texte que les pérégrinations auxquelles nous sommes conviées se déployaient dans toutes les directions de notre univers. L’Hégire est un processus holistique, global, multidimensionnel. Nous l’avons vu avec la futuwwa  : l’idéal chevaleresque se vit entre transcendance et immanence, verticalité et engagement social, mystique et politique.

Aujourd’hui, lorsque nous regardons, même d’une façon distraite, le présent de notre monde arabe et musulman, nous ne pouvons échapper à un doute et certains, même, sombrent dans une sorte de désespérance qui se nourrit d’une actualité de crise, de conflits, d’occupation, de mal-développement social et économique, de dépendance à l’égard du monde occidental, de fondamentalisme étroit : la Palestine et l’Iraq sont les visages de cette tragédie arabe et musulmane d’aujourd’hui. De nombreux poètes arabes ont même associé la nakba, la Catastrophe de 1948 qui a vu la disparition de la Palestine, à la chute de la Grenade arabo-andalouse en 1492 !

La futuwwa peut être un recours à la désespérance en ce sens qu’elle réconcilie, face à l’islam occidentalisé, libéral et exogène d’un côté et le fondamentalisme étroit et bigot de l’autre, les univers de la vie intérieure et de la vie dans la cité, les quêtes spirituelles, intérieures, subjectives et les quêtes de justice sociale et de dignité. 
La futuwwa, comme jeunesse, chevalerie célestielle et compagnonnage, articule d’une certaine manière trois principes : un principe de responsabilité, un principe d’espérance et un principe de plaisir. Dit autrement, si la résistance à la désespérance ne se fait pas réenchantement du monde, c’est paradoxalement le contre-esprit mortifère de cette désespérance qui triomphe. 
La posture victimaire n’est pas chevaleresque et si un verset du Coran rappelle la posture du fata-chevalier, c’est bien cet impératif : 
«  Je vous exhorte seulement à une seule chose : Dressez-vous dresser vers Dieu... » (XXXIV/46).

 La futuwwa à laquelle nous appelons doit être comprise à la fois dans la fidélité à la tradition médiévale - qui n’a pas dit son dernier mot malgré des siècles de décadence et une fascination contemporaine pour ce que le sociologue allemand Max Weber a nommé la « modernité capitaliste » - et dans l’imagination active de notre conscience. 
Il ne s’agit nullement d’un retour au passé, mais d’un retour au Principe, en opérant un détour par le legs médiéval, ses richesses et ses valeurs. Une futuwwa actuelle qui assumerait le meilleur du patrimoine arabo-musulman, du théologique au mystique, du légendaire au philosophique, du scientifique à l’artistique, de la grammaire sacrée au poétique, de l’érotique au juridique, etc., serait une futuwwa du IIIème Millénaire.


Une futuwwa pour la jeunesse musulmane d’Europe ? !

Métaphysiquement, notre jeunesse musulmane d’Europe se trouve dans une situation qui rappelle les Jeunes de la Caverne évoqués par le Coran (XV III/10,13). 
Est-il étonnant que ces jeunes soient désignés par le pluriel de fata : fityan  ! 
Ces jeunes, qui sont endormis dans la Caverne en attendant la sortie d’un sommeil qui dure depuis des lustres, sont des chevaliers du Ciel.
La futuwwa, comme mouvement d’éveil vers la transcendance, éveil qui nous fait traverser le cosmos vivant dans lequel nous sommes, correspond à cette sortie du sommeil. Dans cette optique, l’entrée dans la filière spirituelle/sociale de la futuwwa est un processus de conscientisation. Prendre conscience, s’éveiller, c’est se dresser vers Dieu ! 
Mais cette attitude aristocratique (au sens noble du terme), car récusant la posture victimaire dont nous parlions précédemment, est exigence et effort. L’entrée dans la futuwwa, en vue de la réalisation spirituelle, de la justice sociale, de l’anoblissement des qualités de l’âme, entrée dans l’Hégire...

Entrer dans la futuwwa c’est donc faire la hijra, l’expatriement vers l’Un, non pas de soi à Dieu, mais soi à Dieu par le Monde. La futuwwa n’est pas une voie a-sociale, ni une fuite de la réalité. Bien au contraire, elle est la plus haute conscience de cette réalité et la plus haute possibilité de la vivre dans ce qu’elle nous offre de créativité, de liberté, de joie, et de la dépasser dans ses injustices et ses adhérences inessentielles. Ecoutons encore Sulami :

« La Futuwwah consiste à prendre conscience de la valeur de la situation où l’on se trouve à chaque moment. On nous a rapporté que Junayd a dit : « Les meilleurs œuvres consistent à agir selon les convenances de la situation où l’on se trouve ; que l’on ait en vue ses propres limites, les exigences de l’instant où l’on se trouve et la pleine conformité à son Seigneur.

Muhammed Ibn’Ali al Tirmidhi a dit : « Il n’est personne qui ait su agir selon les convenances de la situation où il se trouve à chaque instant et dans tous les états, que al Mustafa disant en ce monde : « Je T’ai soumis mon âme, je T’ai remis tout ce qui me concerne entre tes mains et je me suis abandonné à Toi. » Et il a dit aussi : « Je m’en remets à Toi de Toi-même »

Et lorsqu’il se trouve dans la présence divine, Dieu - exalté soit-Il ! - a rapporté à son propos ce verset où il fait son éloge et qui fut pour lui la meilleure des parures : « Tu es vraiment d’une grande noblesse de caractère » (LXVIII/4) » (idem, p. 108)

La futuwwa est donc conscience vive de l’instant, afin d’en actualiser ses potentialités créatrices. Cette actualisation n’est possible que si nous entrons dans la Présence divine. 
Or, celle-ci n’est pas autre chose que le Monde dans sa profondeur qualitative. Lorsque nous contemplons le Monde dans ses images archétypales, ses beautés, nous contemplons l’Un qui se donne à nous à travers ses Noms et Attributs qui irradient l’Univers, qui font qu’il est cosmos et non chaos. 
Nous parlions d’une écologie spirituelle à propos de l’élan hégirien et c’est justement à travers elle, grâce à elle, que la Présence divine se manifeste. Notre jeunesse musulmane est appelée à cette écologie spirituelle. C’est l’un des signes de la futuwwa du IIIème  Millénaire.

 La futuwwa d’aujourd’hui prendra son essor selon des formes inédites, et dans des contextes improbables. Nous ne croyons pas que la vie associative actuelle de notre communauté musulmane soit de nature à générer une telle dynamique chevaleresque. 
Ses mouvements de jeunesse ne sont encore que des mouvements de résistance et insuffisamment des espaces de réenchantement du monde et de liberté créatrice. 
Certes, la résistance est d’une importance cruciale en cette période et les coups que cette communauté reçoit, par exemple en France, de la part d’une société post-coloniale qui prolonge la logique coloniale d’antan, méritent une réponse ferme et non un repli ou une fuite ou, pire, un renoncement.

Le fata-chevalier assume ses responsabilités : maintenir et déployer dans la oumma et dans la vie en général les qualités chevaleresques dont il est dépositaire. Mais il est des résistances, légitimes, qui peuvent conduire à des impasses quand elles apparaissent comme résistances victimaires.

Avant d’être des victimes du racisme, des discriminations, des politiques coloniales/néocoloniales/postcoloniales, les Arabes et les Musulmans d’Europe sont les héritiers de l’une des plus grandes et des plus belles aventure historique qui, pendant au moins un bon millénaire, a irrigué l’humanité elle-même, y compris l’Europe. 
On se souvient du livre de cette historienne allemande, Sigrid Hunk, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident. La futuwwa du IIIème  Millénaire devrait même assumer les nombreux héritages civilisationnels - avant même l’islam historique -, ne serait que pour contrer leurs captations/déformation occidentale (illustrées par les phénomènes du berbérisme latin en Algérie et au Maroc, du phénicianisme maronite au Liban). 
Le regretté Edward Saïd, figure illustre de l’intellectualité palestinienne, arabe et universelle, a écrit une belle œuvre sur cette question avec L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident.

Là, la futuwwa rencontre et intègre la fantastique transcendantale (pour reprendre la belle expression du romantique Novalis) de toute une histoire : des poèmes des Mou’alaqat à ceux d’al-Moutannabi, de la hikma (sagesse) de ce fou de Louqman à la falsafa d’al-Kindi, de l’apophase des ces transcendantalistes qu’étaient les Néopythagoriciens et Néoplatoniciens de Syrie (de Jamblique à Syrianus, en passant par Damascius) et du harân à la fameuse école des Frères de la Pureté, ikhwan as-Safa. Bayt al-Hikma (Maison de la Sagesse) fut l’un des symboles de cette grandiose aventure humaine et spirituelle. Bagdad, en enfantant et en abritant cette institution transdisciplinaire, offrait au monde arabe, au dâr al-islam (Maison de l’Islam) et à l’humanité, une précieuse contribution. Des dizaines de traducteurs, de scribes, de philosophes, de scientifiques sauvegardaient et valorisaient les patrimoines antiques. 
Les jeunes Arabes et Musulmans sont les enfants de bayt al-hikma. D’ailleurs, c’est à Bagdad que le Calife Al Nasir li-Din Allah institua la futuwwa comme structure même de l’Empire arabo-musulman, en recevant, dans la grande tradition chevaleresque, l’investiture des mains du cheikh ‘abd al-Jabbar, représentant de l’Ordre de chevalerie dans la capitale abbasside.

Il nous semble, et cela est une intuition, que la futuwwa re-naîtra de la rencontre entre des personnalités libres, jeunes hommes et jeunes femmes, personnalités non pas au sens social du terme, mais comme individualités qualitatives. Les critères, ici, ne sont pas les marques de la reconnaissance sociale, mais les qualités de l’âme, du dévouement dans l’Invisible, de la Claire-conscience. 
Sans nul doute, et avec l’aide de Dieu, ils se reconnaîtront, sur les chemins parcourus. Cela ne signifie pas que cette futuwwa ne soit liée qu’à une histoire d’individus. 
Cela serait remettre en cause sa dimension holistique et globale. En fait, le mouvement social, les actes de résistances, l’effervescence associative sont des conditions nécessaires, des conditions objectives. C’est souvent en situation de crise que des tempéraments chevaleresques se révèlent. A nous tous d’être attentifs.

Sous le signe de l’Araignée

Dans cette aventure que fut la traversée du désert entre La Mecque et Yathrib - traversée qui était comme la trace matérielle de l’Hégire, son déclencheur dans le temps de l’islam historique -, il y a un épisode qui nous a particulièrement parlé. 
A un moment, les marchands mecquois qui pourchassent le Prophète Mohammed et son compagnon Abû Bakr (que la paix soi sur eux) sont près de les saisir. Ceux-ci ont la vie sauve car, non seulement ils se cachent dans une grotte, mais aussi parce qu’une araignée, d’une façon toute miraculeuse, tisse une toile devant son entrée. Les mecquois font dès lors demi-tour : jamais le prophète n’aurait pu entrer dans cette grotte sans déchirer la toile !

Intervention divine, certes ! Mais O combien porteuse de significations singulières. 
La grotte est, dans de nombreuses cultures humaines, un lieu de concentration de grandes énergies, lieu tellurique par excellence ; elle est l’un des espaces de la puissance, de la générosité de la Terre. Dans l’imagerie des peuples du monde, on parle à son propos de la Vouivre, de Tarasque, du dragon. 
L’imaginaire arabo-musulman porte les traces de cette conception subtile de la Nature vivante. D’ailleurs, n’est-il pas significatif que ce soit dans une autre grotte, près de La Mecque, que ce même Prophète reçu de la part de l’Ange la première révélation, douze ans auparavant ? 
L’araignée, ici, dans le contexte, figure cette énergie de la Terre qui protège, sur ordre céleste, le Messager. De la grotte de la révélation à celle de l’araignée, nous avons une itinérance à la fois intérieure et extérieure sur les chemins de la Vouivre. 
La tradition arabo-musulmane possède la conscience de cette véritable géobiologie, de cette science spirituelle des lieux, aussi bien des centres de passage que des points reculés.
On se souvient, toujours dans notre contexte hégirien, qu’à son arrivée à Yathrib, voulant ériger une mosquée, il se posa la question de son site. Le Prophète demande à un..... animal, une chamelle de trouver le lieu adéquat !
Comme si les humains, pour diverses raisons, n’étaient plus en lien subtil avec les lieux subtils. Quoiqu’il en soit, la chamelle trouva ce point d’énergie, lieu de reliance entre terre et ciel. Devenant Médine, la ville du Prophète, point d’arrivée de l’Hégire, se donnait à l’humanité comme lieu saint, lieu de pèlerinage.

Grotte, géobiologie, lieu saint, araignée... Nous pourrions également évoquer une autre itinérance, une autre traversée des lieux, mais cette fois elle n’est plus tellurique mais cosmique, le Voyage nocture, le mir’aj, au cours duquel le Prophète reçut des enseignement divins. 
Significatif est le fait que le Prophète monta de ciel en ciel sur le dos d’une créature éminemment cosmique et magique, une jument ailée avec une tête de femme du nom d’al-bouraq. 
Reprenons le mot de Novalis : nous sommes en présence d’une véritable fantastique transcendantale qui nous ouvre la porte de cette écologie spirituelle à laquelle nous sommes conviés.

Le cheminement du fata-chevalier se fait dans une Nature vivante qui invite à la transcendance divine. En fait, cette Nature est l’immanence divine elle-même, la Présence, hadra, de Dieu nous parlions, une présence composée d’une infinité d’images, de couleurs, de visages, de sons, de parfums, qui sont autant d’éclats matérialisés de l’Un. Le grand spirituel Dhû l-Nûn al-Misrî s’exclame ainsi :

« O Dieu, je n’ai jamais  prêté l’oreille au cri des bêtes sauvages ni au bruissement des arbres, au clapotement des eaux ni aux chants des oiseaux, au sifflement du vent ni au roulement du tonnerre sans percevoir en eux en témoignage de Ton unité - wahdânîya - et une preuve de Ton caractère incomparable » (cité dans Anthologie du soufisme, Paris, éd. Albin Michel, 1995, p. 198)

La futuwwa est un chemin initiatique à travers le Monde, ses lieux, ses points d’énergie, et le jeune chevalier est un itinérant. 
Cela ne signifie nullement qu’il doive quitter ses points de repères. Au contraire, dans le désert, le chamelier est en quête de ces points, qui, souvent, sont dans le Ciel, à travers les étoiles. 
Le Ciel est aussi lieu de la Présence divine. Le Coran ne dit-il pas que Dieu est le Seigneur de Sirius ? En fait, être un itinérant de l’âme, avoir l’âme hégirienne, c’est ne pas se satisfaire des acquis, c’est se défaire des habitudes, des imitations (taqlid), des idées fixes, des idées toutes faites, et même de cette pseudo-pensée spirituelle - constituée d’une suite d’idée-fixes se donnant l’apparence d’une pensée fluide, vivante, mouvante -  qui pollue notre jeunesse (nous faisons allusion aussi bien à cet « islam » à la française, « libéral », « moderne », « républicain », assimilé qu’à cet « islam » juridico-moraliste, castrateur, apocalyptique, culpabilisant et bigot).

Dans la littérature traditionnelle arabe, al-adab, il est coutumier de célébrer les hautes figures de la civilisation. A propos de la futuwwa, Laila Khalifa souligne que trois noms se dégagent et qui se situent dans une période antérieure à la naissance de l’islam historique, trois figures archétypiques : Imru’ al-Qays, ‘Urwa Ibn al-Ward et Hatim al-Ta’i.
Elle nous dit que le premier est le prince héros, le deuxième, le héros vagabond et, enfin, le troisième, le maître généreux.
Plus tard, c’est ‘Ali qui se verra désigner comme le fata par excellence, et cela par le Prophète lui-même : « La fatâ illâ ‘Ali wa lâ sayf illâ dhû al-fiqâr  » (Il n’y a pas d’autre fata-chevalier que ‘Ali et il n’y pas d’autre chevalerie que dhû al-fiqâr  (nom de l’épée de du Prophète) (pp. 128-145).
Nous avons là des figures exemplaires, des paradigmes, des archétypes.

Notre jeunesse musulmane en Europe, comme toutes les jeunesses du monde, dispose de toutes les qualités pour se dresser vers le Ciel, pour explorer la Terre, pour incarner ces vertus précieuses que sont la générosité, la vaillance et la joie. Comme nous le disions, c’est à nous tous et toutes d’être attentifs à ces nouvelles figures de la futuwwa d’aujourd’hui. Elles sont notre espérance. 

 

Mohammed Taleb :

Historien et philosophe. Il travaille depuis plusieurs années sur la question des interférences entre les paramètres anthropologiques, culturels, théologiques dans la compréhension du conflit israélo-arabe. Il s’intéresse également aux enjeux culturels de la globalisation-occidentalisation néo-libérale, et à son impact déstructurant sur les peuples et sociétés du Sud, aussi bien au niveau de leurs existences sociales concrètes qu’à celui de leurs personnalités, de leurs imaginaires, de leurs représentations du monde. Il est notamment l’auteur de « Visages du sionisme chrétien. Essai d’interprétation historique et théologique », Paris, Revue des études Palestiniennes, n° 21 (automne 1999) et n° 22 (Hiver 2000). Il préside la nouvelle association Ishtar

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