L'association Sidi Amara et Baraka s'unissent en vue d'un projet commun...
Ce projet découle d'une histoire d'amitié et de rencontres au Maroc entre 2006 et 2007.
Avec notre ami Larbi, et les membres de l'association "Sidi Amara",
dans le sud du Maroc, nous avons découvert le village de Sidi Amara.
Au fil de nos discussion nous avons décidé de partager nos savoirs respectifs, d'unir nos forces, de lier nos luttes,
nos espoirs, pour construire "la maison de la jeunesse"
L'association SIDI AMARA, est une jeune association, crée en Fevrier
2006.
L'objet est le developpement culturel, social et sportif du Douar (village) Sidi Amara. Sidi Amara est situé a 5km de Taroudant,a coté
de la riviere Oued Sous, dans la commune de Sidi Bourja.
Le village compte 620 habitants, dont l'activité principale est l'agriculture, avec des techniques traditionelles, malgré le manque de pluie de ces dernieres années...
Depuis sa création, l'association a effectué plusieurs actions :
- Création de 2 équipes de football
- Réparation d'un mur de
l'écolde du Douar
- Achat de Pc
- Cours lecture et écriture, pour les femmes du village
La construction et d'aménagement de la "maison de la jeunesse", permettra à l'association d'élargir par la suite
ses activités et son travail pour le village.
Cette maison, de 200 m2 sera composée de 2 grandes salles, un bureau et 2 toilettes.
Sidi Amara se situe dans la province de Taroudant, « la plus artisanale », située au nord de la région, à l’est du grand Agadir, elle
représente 16 500 km2, et 757 000 habitants (46 hab/ km2)
(7 communes urbaines, 82 rurales).
Le village compte environ 600 familles de paysans. Le travail de la terre devenant de plus en plus difficile, il est désormais courant
de ne trouver dans les familles plus qu’une seule personne s’occupant des terres familiales, les autres travaillant dans d’autres domaines.
L’association Sidi Amara, du nom de son village (qui le tient lui même du nom d’un Saint homme dont le tombeau surplombe le
village).
Elle entend contribuer à la vie du village et à son développement, et entamer une « révolution des consciences » ! En impliquant les
habitants du village, ils veulent croire à un avenir viable et sauvegarder leur terres, leur savoirs faire et la vie du village.
Voici les trois axes principaux sur lesquels travaille actuellement l’association Sidi Amara : L’éducation et la culture, l’accès à
l’eau et l’optimisation du travail des paysans afin de sauvegarder leur terre et leur autonomie alimentaire.
L’association Sidi Amara entend rappeler haut et fort l’importance du savoir, qu’il soit traditionnel ou plus actuel, et
l’importance de l’éducation. Le travail de conscientisation, de culture et d’alphabétisation qu'ils ont commencé, est étroitement lié au développement du village.
L’association souhaite , par divers moyens, valoriser le travail des paysans du village notamment par le biais de formations avec
l’association Terre et Humanisme (http://www.terre-humanisme.org), qui permettraient par le biais de techniques ancestrales peu coûteuses et remises au goût du jour, de tirer le meilleur
parti des terres tout en optimisant l'usage de l'eau, et en étant en parfait accord et harmonie avec l’environnement.
Le but est de favoriser une agriculture à taille humaine, en s’appuyant sur des alternatives concrètes d’agroécologie visant à la
souveraineté alimentaire des populations et à la sauvegarde des terres nourricières, bases de toute société équilibrée et véritablement durable.
Ayant pour objet la relation harmonieuse entre l'humain et la nature, l'agroécologie est à la fois une éthique de vie et une pratique
agricole, c’est une approche globale, qui inspire toutes les sphères de l'organisation sociale : agriculture, éducation, santé, économie, aménagement du territoire...etc.
L’association creuse en ce moment même un puits et espère qu’il pourra subvenir au besoin en eau du village, tout au moins pour les
besoins de la vie quotidienne.
Contexte de la région et lutte des paysans !
La région Sous-Massa-Drâa connaît de fortes sécheresses depuis plusieurs années, qui menacent l’agriculture et les petits paysans,
nombreux dans cette région
A cause du réchauffement climatique la pluie se fait de plus en plus rare, mais le problème vient surtout des politiques de
gestion des ressources et d’une volonté toujours croissante de favoriser les grandes exploitations, et l’agriculture intensive dont les récoltes seront exportées en Europe!. La région du
Souss est très riche en ressources hydriques et forestières.
La culture traditionnelle de l'arganier constituait une importante source de devises pour les paysans de la région tout en
préservant le niveau de la nappe phréatique de cette zone semi-saharienne exposée aux aléas d’une pluviométrie hasardeuse.
Mais sous Hassan II, la décision a été prise de faire de la région du Souss Massa Drâa, un des centres agricoles les plus
dynamiques au monde, en commençant par gagner une place dans le trio de tête du marché européen en se focalisant sur les cultures porteuses (agrumes et maraîchage) et la diversification des
activités vers le secondaire (industrie agroalimentaire) et le tertiaire (agrotech).
Les grands propriétaires ont été autorisés à accaparer les terres collectives des paysans pauvres après avoir arraché les
arganiers, donnant le coup d’envoi à un capitalisme foncier et une agriculture intensive tournée entièrement vers l’Europe.
Dans la région d'Oueled Teima plus de 50 % des domaines sont aux mains de la nomenklatura (domaines royaux, de ministres, de députés, de compradores, d’officiers supérieurs de l’armée, et de
leurs femmes et enfants). Ces grandes entreprises agricoles utilisent et gaspillent davantage d’eau que l’agriculture
traditionnelle : les agrumes consomment 25 fois plus d’eau que l'arganier !
Aujourd’hui, les agrumes occupent 12 000
hectares dans la région Ouled Behgil-Aoulouz seulement depuis l'an 2000.
Le système d’irrigation par pompage d’une agriculture des agrumes basée sur l’exportation vers l’Europe depuis les années
quarante du vingtième siècle et l’accélération de ce système vers un sur-pompage pendant les années soixante, provoquent les déséquilibres important au niveau des ressources naturelles de la
vallée.
De plus, en 1980 et 1990, pour faciliter encore davantage l’irrigation des terres des grandes entreprises agricoles, 2
grands barrages Aoulouz et Mokhtar Soussi, furent construits dans la régions (mais ce ne sont pas les seuls, il en existent de nombreux plus petits)
Ces barrages retiennent de grandes quantités d’eau, déviées vers les grosses exploitations, au détriment des rivières qui irriguaient la région et les terres des paysans. Elles se tarissent peu à
peu, et certaines ne sont aujourd’hui que de vagues souvenirs…
L’irrigation intensive par pompage, et les barrages font que
au delà des rivières, se sont aussi les nappes phréatiques qui s’épuisent peu à peu.
Le niveau de l'eau atteint plus de 200 mètres de profondeur, ce qui rend difficile l’accès à la nappe pour les paysans, notamment pour creuser des puits (cout élevés et moyen techniques
importants).
Cette situation empêche les paysans d’irriguer leurs terres selon leur méthode ancestrale peu coûteuse, mais a aussi de graves répercussions dans la village ou l’eau n’arrive plus.
Ce système a entrainé l’expropriation des terres des paysans, avec des compensations moins que symboliques : imaginez une
indemnisation de 80 euros pour un olivier vieux d'un siècle qui peut donner en moyenne 60 litres d'huile par an dont la valeur marchande est de 5 euros le litre...
Et au delà de la valeur marchande, que pouvons nous dire du viol commis envers notre terre mère, et de l’offense faites
envers les hommes et les femmes qui l’habite….
De jour en jour les paysans perdent la terre, l’eau, l’arganier, et leur culture Amazight va vers une marginalisation
absolue.
De nombreux douars qui ont perdus, soit des terres soit des maisons, à l’occasion de la construction des barrages ne sont toujours
pas reliés au réseau électrique ni à la distribution d’eau potable.
C’est simple, petit à petit les paysans ne peuvent plus travailler leur terre, donc ils sont forcés de vendre aux grands
propriétaires agricole, ou aux riches occidentaux qui se construisent non plus des villas mais des châteaux, tout confort et bien desservie en eau (puisqu’ils ont les moyens de croiser très
profond), au milieu des Douars dont les populations n’en n’ont plus !
Pour vivre, les paysans vont travailler sur les grandes exploitations agricoles, « exploitation » au sens 1er du terme
puisque les conditions de travail sur ces domaines sont loin d’être idéale !
Sur son site, le militant Amal Lahoucine rapporte qu’il y a dans la province de Taroudant, d'après le délégué de l'inspection du
travail, plus de 750 domaines d’une superficie variant de 10 à 500 hectares, qui emploient de 15 à 17 000 ouvriers agricoles selon les saisons.
Tous ces ouvriers agricoles sont des paysans qui ont été contraints de vendre leurs terres suite à la construction des
barrages.
Il y a 13 stations d’emballage (l’essentiel de la production est exporté) employant entre 3500 et 4000 ouvrières et ouvriers. 90 %
sont des femmes qui travaillent dans des conditions d’exploitation proches de l’esclavage (journées de 10 à 12 heures, salaire de 4 euros par jour, pas de carte de travail, pas d’inscription
dans la CNSS, pas d’indemnités familiales, pas d'indemnisations de congés ou de jours fériés, pas de mutuelle).
Les paysans et leur famille se retrouvent donc sans
terre, avec des emplois précaires et sans aucune autonomie alimentaire.
«Ils ont détruit notre milieu naturel – L’agriculture est notre seul métier, notre identité » Aakik
Driss, secrétaire général du Syndicat des paysans d’Aoulouz
« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics » Entretien avec le
paysan militant Hassan Id Abdallah
Comme nous pouvons le voir aux quatre coins du globe, la terre est malmené, les hommes dépossédé, au profit des « financiers » et des « dirigeants », au profit d’un système destructeur…
Pour défendre leurs droits aux biens publics que sont l’eau, la terre et l’électricité, les paysans d’Ouzioua, dans la province de
Taroudant, ont lancé une marche rouge le 7 mai 2006.
Comme à son habitude, le régime marocain à poursuivie les militants de la société civile d'Ouzioua devant le tribunal de première instance à Taroudant.
Il est important de connaître et de prendre en compte cette situation, locale et même mondiale pour placer le projet « Sidi Amara » dans ce contexte. Cette construction n’est que le tout petit
départ d’un projet bien plus ambitieux, mené par les habitants de Sidi Amara, que nous soutenons.
Cette « maison de la jeunesse », est le déclenchement et l’enracinement d’une envie commune de sauvegarder les espaces ruraux et
l’agriculture locale, de lutter pour le droit vitaux que sont l’eau et la terre et d’entamé une « révolution des consciences ».
Ce lieux transdisciplinaire
permettra de nombreux échanges, initiatives et rencontres :
- La mise en place de formation notamment autour de l’agroécologie et de la valorisation du travail des paysans (avec l’association terre et humanisme par ex)
- La mise en place de cours dans divers domaines, gratuit et ouvert à tous, jeunes et moins jeunes, et mise en avant du « savoir » au sens large, comme les traditions
orales locales, et mise en avant d’initiatives concrètes porteuses d’espoir.
- Diffusion et projection de film engagé sur divers sujets
- Echanges culturel et soutien à la lutte des paysans de la région….etc…
Ce projet porté par l’Association marocaine Sidi Amara, nous paraît vital, et il couvre de nombreux champs qui nous touche
particulièrement et que nous mettons déjà en pratique ici, en France :
- La valorisation et la mise en place d’alternative agricole (agro écologie, biodynami etc) respectueuse
de l’homme et de la terre mère et visant l’autosuffisance alimentaire et l’autonomie
- La lutte légitime des peuples pour le droit à la terre et à l’eau
- L’alliance de l’action et de la réflexion, ou la mise en place d’alternatives est accompagnée d’une prise de
conscience tout aussi importante, d’une déconstruction des mécanismes de pensée néfastes perpétués depuis trop longtemps !
- La sauvegarde et la réhabilitation des cultures locales, qui n’est pas un appel au repli identitaire mais à
la mise en lumières de nos richesses culturelles, spirituelles ou autres. Un appel au ré enchantement du monde….
C’est pourquoi nous apportons notre modeste contribution en collectant des fonds, pour commencer la construction de la « MDJ ».
Dans un monde dit moderne, de plus en plus minéral, monétariste, mécaniste et hors-sol, y a-t-il un avenir conforme à la nature profonde de l'être humain ?
Pierre Rabhi
Bientot en ligne : vidéo Sidi Amara 2008
Voici des images de Sidi Amara filmées en Fevrier 07...
Voici une discussion, avec Larbi, membre de Sidi Amara, qui est venu nous rendre visite à Paris en Aout 2007 :
Le fait que la construction de la MDJ, socle du projet, soit portée par des volontaires du Sud et du Nord de la planète, est un beau
symbole.
Cela nous amène à penser que d’où que nous soyons, se réapproprier nos richesses et nos traditions locales (dans tous les domaines),
tout en les reliant à l’universel et donc au global, réconcilier l’homme et la nature, lier le bien être social et celui de notre terre mère… tout cela peut ensemencer nos avenirs et
porter les fruits d’un dialogue plus juste et riche d’expériences.
C’est pour toutes ces raisons que ce projet nous tient
énormément à cœur, il amène à de nombreuses réflexions, et place l’homme et la nature au centre des préoccupations.