
Alors que l’horrible incident qui a eu lieu le 1er juillet, a reçu peu de publicité en Europe, et
qu’en Allemagne on a mis davantage l'accent sur les questions touchant à la sécurité dans les tribunaux que sur les motivations racistes de l'attaque, à 3200 km de là, dans son
pays natal, l'Egypte, la pharmacienne de 32 ans a été nommée la «martyre du foulard".
Elle est devenue un symbole national de la persécution pour un nombre croissant de manifestants, qui sont
descendus dans la rue pour protester contre ce qu’ils perçoivent comme une croissance de l'islamophobie en Occident. Les funérailles de Sherbini ont eu lieu dans sa ville natale,
Alexandrie, le lundi 6 juillet, en présence de milliers de personnes endeuillées et de personnages du gouvernement. Il est prévu de donner son nom à une rue.
Sherbini, une ancienne championne nationale de handball, et Okaz, un ingénieur en génie génétique sur le
point de présenter sa thèse de doctorat, vivaient en Allemagne depuis 2003, et d’après ce que l’on sait, ils prévoyaient de retourner en Égypte à la fin de l'année. Ils attendaient un
deuxième enfant pour janvier prochain.
Alex W., un chômeur originaire de Perm en Russie, avait été reconnu en novembre dernier coupable d'outrage et
d’abus contre Sherbini, pour lui avoir crié «terroriste» et «pute islamiste ", lors de la rencontre dans un parc de Dresde. Il avait été condamné à une amende de 780 € mais avait
fait appel du verdict, raison pour laquelle il s’est de nouveau trouvé face à Sherbini au tribunal.
"La colère est forte", a déclaré Joseph Mayton, rédacteur du site web d'informations de langue anglaise Bikya
Masr. "Jamais depuis que l'Égypte avait remporté la Coupe d’Afrique [de football], les Égyptiens ne s’étaient retrouvés unis sous une bannière commune".
En Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel a été vivement critiqué pour la mollesse de sa réaction
au premier assassinat islamophobe dans l’histoire du pays. Les secrétaires généraux du Conseil central des Juifs d’Allemagne et le Conseil central des musulmans, Stephen Kramer et
Aiman Mazyek, qui se sont rendus ensemble lundi au chevet du mari de Sherbini qui a fait lundi une visite conjointe à l'Sherbini chevet de son mari, ont parlé des réactions «inexplicablement
rares" de la part des médias et des politiciens .
Ils ont dit que même si le caractère raciste du meurtre est hors de question, le débat en Allemagne s’est
concentré davantage sur la question de l'absence de sécurité dans la salle d'audience. "Je pense que les faits parlent d'eux-mêmes», a déclaré Kramer.
Le porte-parole adjoint du gouvernement Thomas Steg rejeté la critique, disant qu’on n’en savait pas encore
assez sur les détails de l'incident.
"Dans ce cas concret, nous nous sommes retenus de faire une déclaration parce que les circonstances ne sont
pas suffisamment claires pour permettre une réponse politique large ", a-t-il dit, ajoutant: «S’ils ‘avérait qu’il s’agissait bien d’un acte xénophobe et raciste, [le gouvernement] le
condamnerait dans les termes les plus vigoureux possibles ".
Alors que des centaines d'Arabes et de Musulmans manifestaient en Allemagne, et que des observateurs
faisaient des comparaisons avec l’affaire des caricatures danoises, des représentants du gouvernement égyptien à Berlin ont déclaré qu'il était important de garder l'incident en
perspective.
«C’était un incident criminel, mais cela ne signifie pas qu’on assiste à une persécution populaire des
musulmans est en place», a dit Magdi El Sayed, le porte-parole de l'ambassade d'Égypte à Berlin.
Mais comme il s'est produit quelques jours seulement après que Nicolas Sarkozy avait prononcé un important
discours de politique générale dénonçant la burqa, de nombreux Égyptiens pensent que la mort de Sherbini s’inscrit dans une tendance plus générale à l'intolérance envers les musulmans en
Europe.
L'ambassade d'Allemagne au Caire a cherché à calmer le jeu, en organisant une visite de condoléances de
l'ambassadeur à la famille de la victime en publiant une déclaration insistant sur le fait que l'attentat ne reflète pas le sentiment général des Allemands envers les Égyptiens.
Des protestataires ont lancé des appels répétés à manifester devant l'ambassade d'Allemagne au Caire.
Le Syndicat des pharmaciens égyptiens a dit qu'il envisage une semaine de boycott des médicaments allemands.
Le frère de la victime, Tarek El Sherbini, hôte d’un talk show populaire, a qualifié l’Allemagne de
pays "froid". Des pontes médiatiques, comme Abdel Azeem Hamad, rédacteur en chef du quotidien AshShorouk, ont attribué le désintérêt des médias occidentaux pour cette affaire au
racisme, faisant valoir que si Sherbini avait été juive, elle aurait reçu beaucoup plus d'attention.
Les hommes politiques en Egypte cherchent à chevaucher la vague de fond des sentiments populaires. Mais
certains commentateurs ont critiqué la réaction à l'assassinat comme une diversion pour le régime impopulaire du président Hosni Mubarak, qui fait face en ce moment actuellement à une vague de
grèves et sit-ins.
13 juillet 2009
de Mirage
Ils ont été des centaines à répondre à l’appel et venir déposer des roses blanches devant l’Hôtel de Ville,
habitants de Dresde ou d’autres villes, Allemands et étrangers, Musulmans et Non-Musulmans. Toutefois le chiffre de 1 500 participants avancé tout d’abord par la police et repris par les agences
de presse, certaines parlant même de plusieurs milliers, semble largement exagéré. Sciemment ? D’autres
sources parlent de 800 participants, ce que confirme Wolfgang Donsbach, Professeur en communication et fondateur de l’institut du même nom à l’université technique de Dresde, dans la lettre ouverte « Dresde, réveille-toi ! » qu’il vient de publier au sujet de la xénophobie très
présente à Dresde, n’hésitant pas à affirmer – et il n’est pas le seul - que l’idéologie xénophobe de l’extrême droite s’est déjà installée au sein de la société sinon allemande du moins de
Dresde, l’une des grandes villes allemandes comptant le moins d’étrangers. Rappelant que cette commémoration a été retransmise et commentée à l’étranger, il estime à juste titre le nombre de
participants dérisoire et dénonce également l’attitude des responsables politiques de la ville et du land : le manque de soutien pour l’organisation de la commémoration de la part de la
municipalité, la mairesse de Dresde (CDU) ne daignant pas interrompre ses vacances et se faisant représenter par un de ses adjoints, de même le ministre-président de la Saxe (CDU) ne se déplaçant
pas et envoyant le ministre de la Justice et la ministre des Sciences comme représentants.
Il faut d’ailleurs bien constater que les responsables politiques, d’habitude si prompts à venir postillonner dans les micros, se sont fait tirer l’oreille avant de réagir et encore, très timidement. Les Verts n’ont publié leur communiqué que le 10 juillet. Chez la CDU, c’est en quelque sorte motus et bouche cousue ! A-t-on peur de se faire renvoyer à la figure les campagnes électorales nettement xénophobes de Roland Koch dans le land du Hesse par exemple ? Le gouvernement fédéral a envoyé la déléguée du gouvernement aux étrangers au chevet du mari de la défunte, toujours hospitalisé à Dresde. La chancelière, Angela Merkel, n’a pas daigné s’exprimer personnellement, diligentant, 10 jours après le drame, son porte-parole et présentant, presque en catimini, ses condoléances au président égyptien lors du G8. Quant au président de la République fédérale, dont le rôle ne dépasse guère celui de l’inauguration des chrysanthèmes comme au temps de la IVe république en France, il s’est tu également, préférant philosopher sur le rôle des banquiers ! Seule la SPD a profité de la cérémonie pour essayer de se profiler, mais il faut dire que dans deux mois on vote en Allemagne ! Franz Müntefering, secrétaire général des sociaux-démocrates, était donc samedi aux premières loges à Dresde, appelant les partis démocrates à travailler ensemble face à l’extrême droite.
De l’autre côté, les médias allemands ne font pas meilleure figure. Il a tout de même fallu une bonne semaine avant qu’ils ne couvrent l’évènement dans sa véritable dimension et non pas comme un fait divers presque banal. Certains ont même, comme d’habitude pourrait-on dire, voulu attiser les peurs annonçant avec les images de l’enterrement de Marwa à Alexandrie des attaques « islamistes » envers l’Allemagne et l’occident. D’autres, plus sérieux, comme le Tagesspiegel, ont fait leur mea culpa parlant, enfin, d’un crime xénophobe, raciste ou même islamophobe et s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles les médias n’avaient pas traité l’affaire plus amplement comme ce fut par exemple le cas fin 2007 lorsque deux jeunes issus de l’immigration tabassèrent un retraité dans le métro de Munich. Est-ce peut-être – et très certainement – parce que le cas de figure de Dresde ne collait pas avec les clichés si souvent colportés ? D’un côté un Allemand sans formation et au chômage, de l’autre un couple de jeunes Egyptiens au cursus universitaire des plus présentables ! Marwa El-Sherbini était pharmacienne diplômée et son mari, actuellement doctorant en génétique et biologie moléculaire à l’Institut Max Planck de Dresde, devait à la fin de l’année commencer sa carrière comme enseignant-chercheur à l’université Minufiyya en Egypte.
Ceci explique vraisemblablement pourquoi Andrea Dernbach, journaliste au Tagesspiegel, s’est intéressée de plus près à la personne de Marwa El-Sherbini lui consacrant dans l’édition du 13 juillet un grand article, après s’être entretenue avec les amis de Marwa et sa famille. Dans cet article il y est également question du futur centre culturel islamique de Dresde qui devra porter le nom de Marwa El-Sherbini. Ce projet n’est pas récent, Marwa elle-même y participait. Mais les étudiants égyptiens de Dresde se sentent désormais dans l’obligation d’accélérer le projet, soutenus en cela par la famille El-Sherbini mais aussi par la direction de l’université de Dresde. Comme ils l’écrivent dans leur appel à contribution, ils envisagent ce centre culturel islamique qui comprendra également un jardin d’enfants interculturel, comme un pont entre les cultures, un lieu consacré au rapprochement et à la compréhension mutuelle afin, disent-ils, que d’autres Marwa ne soient plus assassinées.
Espérons que leur projet aboutira très rapidement.
Communiqué de Presse
Avez-vous déjà vu un ange se déplacer sur terre ? Notre amie Marwa était vraiment un ange et nous espérons qu’elle a trouvé sa place au paradis. Mais elle nous observe et attend de nous une réponse. Comment allons-nous nous souvenir d’elle, rendre son nom immortel, œuvrer pour le rapprochement ?
L’idée avait déjà mûri à Dresde, la ville où elle a été assassinée, avant même le drame. Bien avant la mort de Marwa, nous avons déjà travaillé dans ce but et ce avec sa précieuse contribution. C’est pourquoi ce projet représente pour nous désormais un devoir. Nombreux sont ceux qui nous soutiennent et nous encouragent : tout d’abord la famille de Marwa mais aussi des Musulmans et des Non-Musulmans aussi bien en Allemagne que dans toute l’Europe.
Notre idée : construire un Centre culturel islamique « Marwa el-Sherbini » à Dresde.
Nous travaillons depuis déjà un certain temps à ce projet auquel participait Marwa et nous avons fondé une association dans ce but. Nous espérons désormais que, dans cette magnifique ville de Dresde, qui, grâce à la détermination de ses habitants, a réussi l’exploit de reconstruire l’église Notre-Dame (Frauenkirche), fantastique symbole de la réconciliation, nous aussi nous réussirons à y créer un lieu consacré à la compréhension mutuelle.
La famille el-Sherbiny soutient notre projet.
plus que jamais il est clair que la grande majorité de la population, qu’elle soit allemande ou d’autres nationalités, aspire à une cohabitation et une intégration sans peurs ni exclusions.
Nous imaginons un endroit tel un pont reliant deux rives dont les piliers ont été brisés – comme par exemple l’ancien pont de Mostar – mais qui seront réparés grâce à la réconciliation et à l’équité. C’est pour ce projet d’un centre culturel islamique à Dresde, comprenant également un jardin d’enfants interculturel et qui portera le nom de Marwa, que nous voulons collecter les fonds nécessaires. Ce sera notre contribution pour le rapprochement et la compréhension mutuelle afin que d’autres Marwa ne soient plus assassinées.
Nous vous tendons la main !
Si vous acceptez notre main tendue, diffusez cette information !
Pour de plus amples renseignements, vous pouvez vous adresser à :
Islamisches Kultur- und Erziehungszentrum e.V.
E-mail : Ike_marwa@yahoo.com
Tarek Elsherbiny (Ingénieur et frère de Marwa): telsherbiny@yahoo.com
Coordonnées bancaires :
N° de compte: 193588902
Code bancaire : 86010090
IBAN : DE26860100900193588902
BIC : PBNKDEFF