LES RÂLES D'UN EMPIRE ET VIVE
OAXACA ! VIVE LA PALESTINE !
L'année 2009 commence, et avec elle, un sombre panorama de pauvreté, de
répression, d'autoritarisme, de guerres génocidaires et de spoliation
menace les vies de millions d'hommes et de femmes dans le monde entier.
Rien de neuf, diront ceux qui ont habitué leur cœur à l'injustice, à
garder les yeux secs devant la souffrance des autres et les oreilles
sourdes à la clameur de ceux qui réclament la justice et la liberté.
Exagération, diront ceux qui ne regardent le monde que par l'étroite
lucarne de l'écran de télévision où ils contemplent jour après jour un
monde pimpant de fausses espérances et de démagogies ornées de clinquant,
où on appelle terroriste ou radical celui qui défend son territoire un
caillou à la main, et où on appelle démocrate celui qui à coups de balles,
de bombes et de missiles assassine des peuples sans défense. Dans ce monde
télévisé, une capuche sur le visage et des vêtements noirs sur le corps
suffisent à justifier la criminalisation, la répression et l'assassinat
impuni, tandis que le visage découvert des gouvernants génocidaires est le
symbole de la démocratie et de l'État de droit.
Rage, disent les dignes de cœur qui, malgré le chagrin que cause cette
injustice brutale, ne se lassent pas de nourrir des espérances.
Le modèle du néolibéralisme, qui a été implanté petit à petit, mais avec
férocité dans le monde et dans notre pays durant les vingt dernières
années, a laissé derrière lui un sillage de peuples dépouillés, de droits
du travail anéantis, de services de base à la population privatisés et
chers, d'une éducation privatisée de fait et avec le fantôme de la
confessionnalisation à sa porte, et bien sûr d'une série de crimes et de
répressions à l'encontre des peuples qui ont résisté à ce modèle
néolibéral déprédateur de la vie, de la culture et de l'espérance.
Qu'il suffise, pour exemples, de nos propres peuples d'Oaxaca en 2006 et
de nos 26 frères et sœurs, hommes et femmes oaxaquègnes assassinés par
l'État criminel d'Ulises Ruiz et de Vicente Fox, et de la guerre
implacable et génocidaire qu'aujourd'hui lance l'État sioniste-terroriste
d'Israël contre le peuple palestinien désarmé et de nos plus de mille
frères et sœurs, hommes, femmes et enfants, assassinés par l'État
terroriste d'Israël que gouverne le criminel Ehoud Olmert. L'assassinat
d'Alexis Grigoropoulos dans la Grèce de l'hypocrite Union des capitaux
européens et l'assassinat public de l'Afro-Américain Oscar Grant dans les
nouveaux États-Unis d'Obama, tous deux perpétrés par des policiers,
montrent également que même si, en haut, la couleur des partis, des
gouvernements et des gouvernants change, en bas la couleur est toujours la
même, la couleur rouge du sang.
Ce modèle néolibéral que les pays impérialistes du monde ont imposé aux
pays pauvres à coups de sang et de feu, mais aussi à coup d'élections, de
partis politiques et de démocraties oligarchiques, a éliminé toute
intervention de l'État dans la protection minimale du bien-être des
peuples qu'ils disent servir et gouverner, et face aux lois sacrées du
libre-échange se prosternent de la même façon les politiciens de droite
que ceux supposés à gauche. Selon cette logique, le seul rôle souhaitable
des gouvernements à l'ère du libre-échange est celui de gendarmes armés
pour protéger les intérêts des grandes compagnies et firmes
transnationales qui aujourd'hui ordonnent et régulent la vie des êtres
humains. De là, l'unité étonnante que montrent les gouvernements émanant
de tous les partis politiques quand les peuples s'opposent à la spoliation
qu'ordonnent les transnationales sans visage. Les répressions d'Atenco,
d'Oaxaca, des villages qui s'opposent au barrage de La Parota dans le
Guerrero, des normaliens du Guerrero et du Michoacán, des enseignants du
Morelos, des peuples zapatistes du Chiapas, ne sont que quelques exemples
de l'obéissance inconditionnelle de la classe politique de tous les partis
(PRI, PAN, PRD, PT, Convergencia) envers les grandes firmes, même s'il
faut pour cela réprimer les peuples mêmes qu'ils disent gouverner. Mais
ces peuples sont aussi des exemples de la résistance digne et de
l'espérance qui, malgré tout, se niche encore dans l'âme rebelle du
Mexique profond et rude, celui d'en bas et de plus en bas encore.
Oaxaca ne fait pas exception. À l'injustice historique dont souffrent nos
peuples depuis plus de cinq cents ans, quand a débuté l'invasion
impérialiste et avec elle la guerre d'extermination contre nos peuples,
nos cultures, nos langues et notre façon de vivre, à ces blessures jamais
cicatrisées de notre histoire s'ajoutent aujourd'hui, infâmes, la violence
et le crime du gouvernement néolibéral et assassin d'Ulises Ruiz qui se
prolongent dans la spoliation du territoire, des forêts, de l'eau, de la
culture, des minerais du sous-sol et même du vent qu'aujourd'hui
pratiquent les grandes firmes transnationales sur les territoires des
peuples originaires dans tout l'État, dans les villes et dans les
montagnes, les vallées, les côtes, la jungle et les forêts.
Déguisés en projets de développement de bien-être et d'emploi, les
transnationales de l'énergie, de l'eau, des mines, du tourisme et du
commerce aiguisent leurs crocs pour dépouiller à n'importe quel prix les
territoires et les ressources des peuples d'Oaxaca. Dans l'isthme de
Tehuantepec avec le projet de génération d'énergie éolienne, chez les
peuples de la Sierra sud et de la Mixtèque avec le mégaprojet minier, sur
le territoire des peuples chontals de l'Isthme avec le projet routier de
Huatulco, dans les villages côtiers avec les projets immobiliers de
tourisme transnational, sur le territoire des Indiens urbains de la ville
d'Oaxaca où des entreprises rapaces comme Chedraui [chaîne de
supermarchés] rasent les derniers arbres qui survivent au milieu de ce
béton qui prétend ensevelir nos racines, et sur le territoire des peuples
de la côte, où on prétend imposer le barrage hydroélectrique du Paso de la
Reina.
Aujourd'hui, presque trois ans après le démarrage du mouvement de l'APPO
en 2006, sont toujours en prison Víctor Hugo Martínez Toledo et Miguel
Ángel García pour le seul fait de s'être levés avec leur peuple à la
recherche de la justice, de la liberté, de la paix et de la dignité. Mais
ils ne sont pas les seuls prisonniers politiques que garde le mauvais
gouvernement de notre État, car restent aussi en prison depuis six ans
Pedro Castillo Aragón, depuis treize ans les douze prisonniers politiques
du village zapotèque de San Agustín Loxicha, Agustín Luna Valencia,
Eleuterio Hernández García, Álvaro Sebastián Ramírez, Urbano Ruiz Cruz,
Cirilo Ambrosio Antonio, Abraham García Ramírez, Fortino Enríquez
Hernández, Ricardo Martínez Enríquez, Justino Hernández José, Estanislao
Martínez Santiago, Mario Ambrosio Martínez et Zacarías P. García López. Et
depuis plusieurs années les trois prisonniers politiques du village
zapotèque de Santiago Xanica, Abraham Ramírez Vázquez, Noel García Cruz et
Juventino García Cruz, les trois prisonniers politiques du village de
Guevea de Humboldt Amado Castro López, Nicasio Zaragoza Quintana et
Edmundo Espinosa Guzmán, un prisonnier politique du village zapotèque de
San Blas Atempa, José Luis Sánchez Gómez, et beaucoup d'autres prisonniers
et prisonnières qui à cause de la pauvreté sont aujourd'hui châtiés dans
les prisons du mauvais gouvernement, parce qu'ils ne se laissent pas
asservir et refusent de mourir de faim.
La crise économique mondiale qui a commencé l'année dernière au cœur de
l'empire capitaliste, les États-Unis, mais qui s'étend rapidement à la
majeure partie du monde globalisé où ont été imposés ou acceptés les
articles de foi du néolibéralisme, vient rendre plus aiguë encore la
situation déjà difficile de faim et d'injustice des peuples du monde, mais
elle vient aussi démontrer l'échec du modèle néolibéral. Les mêmes firmes
qui auparavant réclamaient l'effacement de l'État devant la rapacité
spéculative du libre-échange qui conduit l'économie et le sort des nations
du monde, accourent à présent très aimables afin de réclamer
l'intervention multimillionnaire des gouvernements de tous les pays pour
les sauver de la catastrophe de leurs propres excès.
C'est là la toile de fond du spectacle macabre mais plein d'espérance de
l'effondrement irrémédiable de l'hégémonie impérialiste des États-Unis
qui, avec des râles de monstre à l'agonie, se lance dans des guerres
génocidaires contre les peuples du monde qui résistent à leur ambition. Et
tandis que bien des États impérialistes (Union européenne, Chine, Russie)
se préparent à les remplacer ou réaccommoder un nouvel ordre mondial
multi-impérialiste, dans le monde entier des peuples se soulèvent encore
et encore, et toujours plus fortement contre l'oppression des
gouvernements, des capitaux et des États totalitaires, et à la recherche
de la justice, de la liberté, de la paix et de la dignité.
À présent, nous, peuples d'Oaxaca qui en 2006 avons réuni nos chemins de
lutte et de résistance dans le mouvement de l'Assemblée populaire des
peuples d'Oaxaca, nous nous trouvons au seuil insondable du changement
social.
De sorte que nous nous trouvons ici, à la croisée des chemins de
l'histoire, sur cette voie de non-retour dans l'histoire de l'humanité, à
la frontière impossible à concrétiser entre le vieux monde qui tombe en
morceaux et le nouveau monde qui surgit de ses ruines. À coup sûr, un
nouvel ordre mondial et une nouvelle société émergeront de cette
conjoncture historique. Le sens de cette nouvelle société dépend des
luttes et de l'organisation que nous mettrons en œuvre, nous ceux d'en bas
et de plus en bas, qui pendant des siècles et des générations avons été
seulement masse de manœuvre de politiciens, chair à canons, numéros dans
les élections, pourcentages dans les indices de pauvreté et croix anonymes
de cimetières oubliés.
Cette année 2009 commence, et la faim de notre corps sera très grande,
pourvu que la faim et la soif de justice de notre esprit le soient encore
plus ! Il y a de l'espoir, oui, mais il n'est pas sur les écrans de
télévision, ni dans les gouvernements, ni chez les politiciens et leurs
partis, il se trouve en nous, hommes et femmes du Mexique profond, de
l'Oaxaca de Magón.
David Venegas Reyes "Alebrije"
VOCAL-APPO
16 janvier 2009, Oaxaca de Magón, ville de la résistance.
Traduit par el Viejo.